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dimanche 22 janvier 2023

Outils pour écrire des histoires interactives

J'ai une nostalgie pour les "Livres Dont Vous Etes le Héros", issus de mon enfance. 

Il y a quelques temps, j'ai fait des recherches pour savoir quels étaient les outils disponibles en ligne permettant d'écrire des histoires interactives. 

Ces livres après avoir connu leur heure de gloire dans les années 80 sont tombés en désuétude, notamment accélérée avec les jeux vidéos. Il semble qu'ils connaissent désormais un retour en grâce, comme en atteste cette série d'articles sur le site de France Inter. 

Et il s’avère qu’il y en a beaucoup et que le genre est bien structuré.

Le projet « the interactive fiction wiki » répertorie en anglais les outils, les histoires et les personnages qui gravitent autour de cette manière de raconter des histoires. Il répertorie un nombre impressionnant de solutions existant sur le marché.

Parmi les critères de choix des outils de création de fiction interactive, on va distinguer :

  • Les systèmes fonctionnant par choix qui présentent un ensemble de choix fermés, soit sous forme de numéros à la suite d’un ensemble multimédia (texte plus éventuellement images) présentant une situation, soit sous forme d’hyperliens disséminés à travers le texte.


On citera par exemple Squiffy, Ren’Py, Moiki,…
Dans le monde physique, les « livres dont vous êtes le héros » sont le meilleur symbole de ce type d’histoires interactives.

  • Les systèmes de « parser » (analyse syntaxique) qui vont analyser la structure des instructions écrites par le joueur/lecteur à la recherche d’éléments qu’ils sauront analyser.

Ces jeux mettent avant tout l’accent sur le côté textuel et la réflexion associée.

Du point de vue du lecteur, ces systèmes donnent une impression (une illusion ?) de liberté totale, puisque le joueur n’est pas contraint par le nombre de choix.


Voici quelques exemples de logiciels à base de « parser » : PunyInform, Dialog, TADS 3,…

 

  • Enfin, il y a les systèmes hybrides, plus rares, qui référencent des solutions logicielles fonctionnant dans les 2 contextes.

On trouvera dans cette catégorie des produits comme INSTEAD, Balladeer et Quest

Certaines de ces solutions fonctionnent sous Windows, Linux et/ou peuvent être jouées voire créées au travers d’un navigateur Web.

Le Wiki relève 43 produits, fonctionnels sous Windows et considérés comme stables.

La plupart de ces logiciels sont « open source ».

En français, Le site fiction-interactive.fr répertorie une liste (non exhaustive) des solutions de création d’histoires interactives. Nous en avons testé quelques-uns.


 

Moiki :

Moiki est un logiciel pour créer des histoires interactives fonctionnant par choix et les jouer sur un navigateur.

Pour commencer à créer des histoires, il est nécessaire de créer un compte.

Une fois ce compte créé, on peut créer des histoires en mode normal ou bien en mode simplifié (le mode normal est recommandé).

 

Les variables sont « typées ». Actuellement, il existe 3 types : des objets, des variables et des compteurs de texte.

Chaque écran correspond à du contenu et ou plusieurs choix. Un écran avec ces choix est appelé une séquence et les histoires développées avec Moiki correspondent à un enchaînement de séquences. 

L’interface est donc décomposée en 2 volets :

  • Sur la gauche, un panneau d'édition pour modifier le contenu.
  • Sur la droite, un graphique des séquences pour obtenir une vue d'ensemble de l'histoire et éditer des séquences. 

Il est possible de partager une histoire de manière privée (via une URL de type ) ou bien publiquement. Pour cette dernière option, Moiki a développé le « Social Club » qui permet aux créateurs d’afficher et de partager facilement leurs histoires.

Moiki gère les versions des histoires : cela permet d’améliorer le contenu d’une histoire qui aurait déjà été publiée par ailleurs sur le « Social Club ».

Il est par ailleurs possible d’exporter une histoire en format WebApp, JSON, texte brut, ou bien même en format Ink6 ou bien encore Inform.

Moiki dispose même d’une application pour mobiles ( téléchargeable depuis Google Play ou bien l’App Store).

Le lien suivant présente un tutorial facilitant la prise en main.

Moiki.fr est open source mais ne semble pas rattaché à un système de licences (tels que GPL, MIT ou Creative Commons).



 

Quefaitesvous : QueFaitesVous est un site de création d’histoires à base de choix, édité par la société DAHU.FR.

Le processus de création d’une histoire est assez classique.


L’outil a été conçu en priorité pour aider les auteurs : on notera la présence de « scènes », la possibilité de paramétrer finement les « Personnages Non Joueurs », les lieux, d’ajouter des morceaux d’information,…

Les tutoriaux sont très complets et accompagnés de vidéos explicatives.

L’interface est simple à utiliser avec la possibilité de basculer entre une vue graphique et une vue textuelle. La fonctionnalité de Drag & Drop est intuitive.

Comme pour Moiki, les variables sont typées :

Le nombre de fonctionnalités proposées est impressionnant pour un site gratuit avec en particulier la possibilité de voir l’évolution d’une variable, d’obtenir les statistiques de parcours des utilisateurs, etc…

Les histoires ainsi générées peuvent être sauvegardées en pages HTML ou en document Word (format 2007).

Quefaitesvous n’a pas précisé son modèle de licence.


 

Ink : Ink est un langage de script permettant de créer des histoires interactives à base cette fois-ci d’analyse syntaxique (« parser »), développé par la société InkleStudios et devenu open source depuis 2016.

 

Il s’agit de l’ancêtre de la plupart des systèmes et donc il dispose d’un ensemble complet de fonctionnalités. A la différence d’un outil tel que Twine, Ink n’a pas été conçu originellement pour le Web, mais plutôt comme un composant qui s’intègre dans un moteur de jeu traditionnel, donc en complément d’un ensemble multimédia (images, sons,…)

Par défaut, le système ne dispose pas d’une interface graphique : tout le système de choix est créé à partir d’une syntaxe texte qui fait la part belle aux caractères spéciaux. On notera par exemple l’usage du -> pour passer d’un paragraphe à un autre.


Le fonctionnement du système Ink est intégralement en anglais, ce qui pourra rebuter les non anglophones.

L’usage global donne une impression de programmatique. Là encore, les personnes qui ne se sentent pas une âme de développeur pourront être tentées de changer d’outil.

Le gros avantage de Ink est qu’il peut être intégré à un moteur de jeu comme Unity, Godot ou binsky, ou bien encore Calico.

Ces systèmes permettent d’ajouter des images, des sons, de la vidéo et d’obtenir un résultat final assez spectaculaire.

Les histoires générées par Ink sont conçues pour être « responsive », ce qui signifie qu’elles peuvent s’adapter à tout type d’écran, en particulier les mobiles.

InkleStudios promeut les créations issues de son langage au travers de son site Internet et on peut dire que le résultat est plutôt convaincant.

En complément de Ink, le studio a sorti Inklewriter un logiciel en mode Saas permettant très très simplement de créer des histoires interactives, en mode Web.

 

La dernière version d’Ink 0.14.1 est sortie le 18 Octobre 2022.


 

Twine :  Twine est sans doute le plus avancé des moteurs de conception d’histoires interactives par choix.

Il est possible de l’utiliser en téléchargeant l’application Windows ou bien au travers d’une interface Web très élaborée mélangeant des technologies HTML5 et Javascript pour donner une vue très graphique.

Cette interface est d’ailleurs l’une des raisons majeures du succès du produit : elle est très claire et malgré tout très complète.


Twine s’appuie sur des formats d’histoires qui sont chargés d’interpréter l’histoire.

A ce jour, il est livré avec 4 systèmes de formats d’histoires (et d’autres ont été écrits par d’autres programmeurs) : Chapbook, Harlowe, Snowman et Sugarcube.

Chacun de ces systèmes est adapté à un type propre d’histoires et conviendra plus ou moins spécifiquement selon le niveau de compétences en programmation du scénariste.



Le nombre de fonctionnalités est époustouflant ! Le « cookbook » de Twinery offre la possibilité d’ajouter de l’audio, de la vidéo, des « liens cachés », des boucles, le lancer de dés, etc…


 Il est également possible d’ajouter des fonctionnalités de géolocalisation, et d’ajouter soit des systèmes de gestion du temps ou bien des compteurs de tour, utiles pour garder trace du nombre de fois où l’utilisateur est passé à un endroit précis.

 Des statistiques complètes sont disponibles pour les joueurs.

L’éditeur a été traduit en plusieurs langues, dont le français.

On gère ses histoires dans Twine grâce à la « Story Library » qui va vous permettre d’organiser vos publications : archivage, suppression, ajout de tags, édition, et export vers d’autres formats.

Twine offre la possibilité des identifiants d’histoires interactives (en anglais des IFID, Interactive Fiction Identifier), sortes de marqueur universels, qui ont été définis en 2006 lors du traité de Babel.

L’univers de Twine étant open source a été enrichi à de multiples niveaux, par exemple avec des outils tels que Tweego ou Extwee pour relier entre elles différentes histoires.

Finalement, l’une des rares aspects négatifs de Twinery est qu’il génère uniquement des fichiers HTML. Il n’est donc pas possible de mettre en place des systèmes dans lesquels il y aurait contrôle de la triche, puisque le joueur peut visualiser l’intégralité du code HTML.

Twine est mis à jour avec une régularité et une fréquence toutes deux exemplaires. La dernière mise à jour date du 08 Janvier 2023.

Twine fonctionne avec la licence GPLv3.


 

Inform7 :

Inform, créé en 2006 par Graham Nelson n’est devenu « open source » qu’à partir d’Avril 2022. Il s’agit d’une solution permettant là encore d’écrire des fictions en mode « parser ».

S’agissant donc d’un outil d’analyse syntaxique, le joueur indique spécifiquement les actions qu’il souhaite entreprendre et le programme lui donne le résultat de ces actions ou bien lui indique qu’il ne comprend pas l’action en rapport.

Dans un programme de type Inform, l’effort du programmeur si l’on peut l’appeler ainsi consiste non pas à écrire la liste des instructions mais à définir l’environnement : quels sont les objets, quelles actions peuvent être entreprises et ce qui se passe lorsque ces actions sont activées soit directement par l’utilisateur ou bien au travers de règles qui actionnent d’autres événements.

Inform, tout comme Twinery est affilié à l’Interactive Fiction Database.

Un très grand nombre de ressources existent pour ce projet. Citons celle-ci en particulier.

La dernière version d’Inform7, baptisée 10.1.2 est sortie le 31 Août 2022.
Inform est régi par l’Artistic License

 

Quest : il s’agit encore une fois d’un produit open source qui, comme Twinery, permet de créer des aventures soit directement sur le Web, soit en téléchargeant une application Windows.

L’interface Web est similaire à ce que l’on rencontre par ailleurs.

Il est possible de customiser les paramètres spécifiques d’une histoire (catégorie, version, niveau de difficulté,…)

La vidéo suivante présente un exemple des fonctionnalités de Quest : https://youtu.be/7vIi0U4rSX4

 Bien entendu, pour les afficionados, il sera possible d’aller très loin en programmation, même si l’outil a pour objectif de nous rendre la conception de l’histoire aussi simple que possible.

Quest est naturellement multilingue, ce qui est un avantage au moment de publier l’histoire.

Les jeux créés avec le système Quest peuvent être publiés sur le site https://textadventures.co.uk/

 

A première vue, il semble y avoir une certaine redondance entre Quest et Squiffy, tous deux du même auteur. Cette page donne l’explication des différences entre les 2 systèmes.

Le tutorial suivant sur Youtube vous permettra d’en savoir plus sur Squiffy.

Il semble que le produit Quest n’ait pas particulièrement évolué depuis Décembre 2018.

 


 

Donjon.fi : il s’agit d’un système de parser créé par Johnatan Claes, qui là encore, met l’accent sur la capacité à créer des histoires interactives pratiquement sans programmation, avec un interpréteur efficace qui vous permet en tant que concepteur de définir en français des lieux, des objets, des actions proposées au héros et des choix.

La syntaxe des objets est particulièrement riche :

Il existe des syntaxes avancées pour certaines actions :


Le lien suivant permet de jouer à un petit jeu élaboré à l’aide de ce système : https://donjon.fi/v2/jouer/coince

On retrouve les avantages et inconvénients des systèmes de « parsers », à savoir la sensation de liberté et la nécessité d’un effort d’immersion plus intense, ce qui peut engendrer de la frustration.


Donjon.Fi est mis à jour très régulièrement. La dernière mise à jour datant de Décembre 2022.
Donjon.Fi fonctionne sous licence Creative Commons.



Pour s’y retrouver dans cette petite jungle, un tableau résumant l’ensemble des caractéristiques : 

Nom

Site Web

Type de licence

Histoire Exportable

Création nécessaire d'un compte

Multilingue

Qualité de la documentation et des tutoriaux

Moiki

Moiki.fr

Open source

Oui

Oui

Français/Anglais

++

QueFaitesVous

Quefaitesvous.com

Propriétaire

Oui

Oui

Français

+

Ink

www.inklestudios.com/ink/

Open source MIT

Oui

Non

Anglais

++

Twine

Twinery.org

Open source GPLv3

Oui

Non

Multilingue

++

Inform7

ganelson.github.io/inform-website/

Artistic 2.0

Oui

Non

Anglais

++

Quest

textadventures.co.uk/quest

Open Source

Oui

Non

Multilingue

+

Donjon.fi

Donjon.fi

Creative Commons

Non

Non

Non

+

  



Parmi tous les systèmes que nous avons étudiés, Twine se distingue en termes de facilité et de richesse fonctionnelle pour les système à base de choix, tandis qu’Inform7 semble être le leader des produits de « parsers ».

Le monde des outils de création d’histoires interactives est incroyablement plus riche que je ne l’avais anticipé au début de cette étude et je n’ai fait qu’effleurer l’écosystème. Il y a sans doute par ailleurs d’autres outils qui ne sont pas référencés sur le wiki « The Interactive Fiction ».  



lundi 24 août 2020

TESLA : l'insanité érigée en art

Je me mets dans la peau d'un professeur de mathématiques de seconde (ou serait-ce de troisième ?) qui voudrait expliquer la fonction exponentielle à ses élèves. 

Ce n'est pas forcément simple d'expliquer ce genre de concept. Il faudrait des exemples concrets pour éclaircir les pensées embrumées de nos jeunes décérébrés chères têtes blondes.
Il se trouve que, par chance, nous avons un exemple de fonction exponentielle sous les yeux : je veux parler bien sûr de l'action Tesla (TSLA). 

Bon, c'est vrai, j'exagère un peu : ce n'est pas une vraie exponentielle... A part sur ces dernières semaines. 

Quel malheur ! Cette pauvre petite action semble perdre quelques dollars ce jour (24 Août) après avoir inscrit un nouveau plus haut historique à 2125,78 USD en début de séance...

Et en plus, Tesla perd de l'argent. Et ce n'est pas la peine d'essayer de me convaincre du contraire. 

Vous voulez une autre explication de texte sur l'insanité Tesla ? 

Nous la devons à Raphaël Bloch. 

J'ai déjà parlé plusieurs fois (trop) de TESLA et pourtant, je n'ai rien contre Musk. 

Ma préconisation actuelle c'est de ne pas spécialement s'en occuper (à part si vous avez déjà acheté une Tesla bien entendu) : ne vendez surtout pas à découvert le stock, n'essayez pas de vous focaliser sur les discours erratiques ou les promesses mirobolantes du fondateur, ... Désintéressez-vous en. Et la bulle finira par se dégonfler ... Même si, à ce stade, c'est une montgolfière et plus une bulle. 

La technologie inaugurée par Tesla est vraiment révolutionnaire, mais toutes les révolutions viennent avec leur excès. Celle-là m'agace un peu. Peut-être parce que j'aimerais bien moi aussi pouvoir faire grossir ma boite, sans me préoccuper de la rentabilité. 


vendredi 9 août 2019

Pourquoi il faut acheter de l’Or en 2019


Introduction
Je suis ravi de démarrer par ce premier article, qui est, je l’espère, le premier d’une longue série par l’exposé de mes pensées concernant l’or, même si je m’apprête malgré tout à déborder sur le sujet d’un métal promis, selon moi, à un avenir plus important, le métal argent.
Le sujet de cet article traine dans mon esprit depuis au moins Avril, c’est-à-dire qu’il anticipe de beaucoup la montée assez importante de l’or qui l’a vu allégrement dépasser la barre des 1400 dollars l’once (*)
Si vous ne souhaitez retenir qu’une seule chose de mon article, retenez ceci : l’or est de l’énergie condensée.
Dans un monde qui est amené à connaitre des faiblesses d’approvisionnement en énergie (ce sera l’objet d’un prochain article), l’or est donc l’une des meilleures (mais peut-être pas la meilleure) manifestation que l’on possède de l’énergie. Bien meilleure que le Bitcoin et l’ensemble des cryptomonnaies.  

Pour rester concis toutefois, il n’est pas question d’acheter de l’or sous une optique de concentration énergétique.
Il y a eu tellement de faux départs de l’or depuis son point haut temporaire en 2011 et il y a eu très régulièrement des articles, notamment de la part de Peter Schiff qui indiquent en permanence que les métaux précieux et l’or en particulier, sont sur le point de s’envoler…. Que toute crédibilité est difficile à établir.
Cependant je crois que le moment est finalement venu où la manipulation avérée ( !) des cartels bancaires va devoir prendre fin. A tout le moins, on peut parier qu’ils n’auront plus la possibilité de s’opposer avec autant de force au « canari dans la mine » que représentent les métaux précieux.
 Et donc, si l’on passe en revue les raisons qui font que 2019 pourrait bien être une année en or, on observe :

Les taux négatifs
L’un des reproches faits constamment à propos de l’or, en particulier par Warren Buffet, est qu’il ne rapporte rien. C’est une remarque totalement juste, et pourtant les taux négatifs coûtent aussi de l’argent à leur emprunteur. Quand on a le choix entre prêter de l’argent à un taux négatif ou bien l’investir dans des métaux précieux, de plus en plus cette dernière alternative s’impose d’elle-même.
L’article du 19 Juin 2019 d’Insolentiae met l’accent sur le fait que plus de 12 000 milliards d’obligations sont à rendement négatif.
Cela, c’était avant.
Il y a quelques jours, on apprenait que ce montant était passé à 15 trillions.
Les taux en Italie, grâce à l’action de la Banque Centrale Européenne se négocient moins chers que …
C’était déjà le cas de la Suisse avec, par exemple, des rendements à 50 ans offrant un taux négatif, mais l’Allemagne est une économie bien plus grande.
De manière générale, la Fed et pratiquement toutes les banques centrales du monde entier se rapprochent d’une situation de taux très faibles voire gratuits, ou pour le dire autrement, se préparent à imprimer « de grandes quantités de pognon ».
C’est l’invariant qu’il ne faut vraiment pas oublier en matière de valorisation : l’or est valorisé en dollars. Si la quantité de dollars vient à augmenter spectaculairement, tout à fait logiquement , le prix de l’or exprimé en dollars devrait monter d’autant… Ce qu’il n’a pas fait depuis un certain nombre d’années.  Au 31 Décembre 1999, une once d’or cotait 290 dollars… Mais c’était des dollars de 1999.

La mise en place de Bâle 3 (Basel III)
Concernant l’or, l’une des nouvelles les plus intéressantes du premier trimestre est passée relativement inaperçue : avec la mise en application des accords de Bâle III par la BRI (en anglais la BIS, Bank of International Settlements), l’or qui était classé en actif de troisième catégorie vient de passer en actif de 1ère catégorie.
Concrètement, l’or détenu par les banques peut maintenant être valorisé dans les livres comptables à sa véritable valeur et non pas avec une décote de l’ordre de 50%. Autrement dit, l’or est valorisé à son prix actuel.
C’est, au niveau bancaire, le premier changement d’envergure depuis des décennies pour l’or, et cela aura des implications énormes dans la durée. Basel III ouvre la voie à la remonétisation de l’or qui avait été abolie par les Etats-Unis en 1971 : pour être précis, Nixon avait parlé d’une suspension « temporaire » de la convertibilité du dollar en or. 
Bien entendu, un certain nombre de banques centrales en profiteront plus que d’autres, la banque centrale russe au premier plan.

Le pacte des banques centrales concernant l’or a pris fin
A peu près dans le même temps, un pacte signé entre la BCE, les dix-huit institutions monétaires de la zone euro ainsi que les banques centrales suisse et suédoise ont mis fin à un pacte vieux de 20 ans, selon lequel elles s’engageaient à ne pas vendre des quantités d’or au-delà d’un certain plafond pour ne pas bouleverser le marché.
Aujourd’hui, comme le souligne l’article des Echos, la situation a nettement changé, et même si le discours officiel est que cet accord ne se justifie plus, la vérité est que l’attitude des banques centrales vis-à-vis de l’or a véritablement changé.
Est-ce une conséquence de la raison précédente ? La demande d’or mondiale a fortement augmenté au 1er semestre de 2019. L’appétit pour l’or est au plus haut depuis 2016, tiré par des achats records de la part des banques centrales.
Selon cet autre article, les banques centrales, portées par celles de Russie, de Pologne et de Chine, n’avaient plus acheté autant d’or depuis 50 ans.
Même si le dollar US demeure l’étalon mondial en matière de mesure des prix, il faut bien comprendre que dans la livre anglaise, le yuan chinois et la roupie chinoise, l’or a atteint des plus hauts historiques.

Le changement de paradigme selon les grands gestionnaires
Une fois de plus, c’est Bruno Bertez qui a porté à mon attention, le changement relativement récent des grands investisseurs financiers, au premier rang desquels se trouve Ray Dalio.
Pour résumer, l’idée principale de leur discours est qu’il va falloir se méfier de l’ensemble des investissements (immobilier, actions, obligations) qui dépendent de l’inflation du bilan des banques centrales. Plus probablement, le focus devra être porté sur les investissements qui se portent bien lorsque la valeur de la monnaie se déprécie. C’est notamment le cas de l’or.
Ces gestionnaires de fonds sont rejoints dans leur raisonnement par les plus improbables des intervenants, les banquiers centraux. C’est notamment le cas d’Alan Greenspan, ex-patron de la Federal Reserve, dans cet article daté de 2015 et qui estime que l’or d’ici 5 ans aura un prix beaucoup plus important. 
On peut croire ce bon vieux Alan Greenspan sur parole : il est retiré des affaires depuis longtemps et suffisamment proche du moment où il pourra grignoter des pissenlits (par la racine) à longueur de journée.  En d’autres mots, il n’a plus rien à craindre pour sa carrière et peut se concentrer sur l’image qu’il souhaite léguer : celle d’un homme qui avait vu juste … même s’il a fait tout le contraire pendant sa période de « Chairman ».

Le coût du minage d’or augmente
L’or est une matière première comme le pétrole (voilà une porte ouverte qu’il ne m’a pas coûté cher de démolir). En tant que matière première, il y a une question qu’il faut systématiquement se poser : le coût d’extraction.
Ce dernier est orienté à la hausse.
Cet article du GoldTelegraph donne un coût total de l’extraction d’or et surtout de la quantité d’énergie qu’il faut pour extraire 1 once de métal précieux : les images parlent d’elles-mêmes.
L’indicateur qui mesure le coût total (All In Sustaining Cost ou bien AISC) est estimé pour 2019 à 1000 Dollars US pour 1 once d’or, et à mon avis cela place un cap sur la baisse potentielle même en cas de très sévère déflation.

Un dernier mot sur le métal argent…
Je lis beaucoup de choses sur le métal argent qui est remarquablement à la traine sur l’or en termes de valorisation (en dollars US, bien évidemment). L’une des citations les plus amusantes, c’est que l’argent n’est pas de l’argent … C’est quand même un peu moins ridicule en l’écrivant en anglais : « silver is not money ». Il y a au moins 14 langues répandues, dont le français pour lequel les mots désignant le métal et celui désignant la monnaie sont confondus.
Comme il y a beaucoup de choses à dire et que mon temps est limité, je dirais simplement que pendant des centaines d’années le ratio de valorisation entre l’argent et l’or était compris entre 12 et 15. Ce ratio n’est pas sorti du chapeau : il correspondait tout simplement à la disponibilité de chacun de ces métaux avec les moyens de l’époque. Autrement dit, il y avait à peu près 15 fois plus d’argent que d’or. Aujourd’hui, ce ratio dépasse les 80 (et même les 85) alors que la production est inférieure à la demande depuis plusieurs années.
Depuis 2011, le métal argent a été reconnu par l’Union Européenne comme une matière première minérale critique.
Donc oui, le métal argent va monter… Beaucoup plus comparativement que le métal or. C’est même lui qui donnera le top du vrai départ.
En matière de revalorisation des métaux précieux, ce que nous avons vécu en Juillet-Août 2019 n’est qu’un apéritif.

(*) C’est mignon : je relis mon article avant de le publier, et le cours du métal jaune n’est plus de 1400 dollars mais de 1500…


4 visions différentes de la future réserve de valeur. Qui aura raison ?

 Il y a quelques temps, j'ai eu l'opportunité d'interviewer mon cher ami, Eric Larcheveque. Eric est devenu, depuis sa participa...