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dimanche 31 mars 2024

Biopics de femmes extraordinaires

Si j'étais vraiment riche, je pense que je retournerais dans la production cinématographique ou bien la production pour les plateformes de streaming et que je me lancerais dans la production de biopics consacrés à des femmes d'exception (sans oublier bien sûr les "mockumentaires", ma marotte !)

Et parmi ces biopics, il y en a beaucoup qui concernent les femmes. Des héroïnes ayant toutes ou presque vécu à une période où les femmes n'avaient pas le droit de vote, pas le droit d'ouvrir un compte bancaire et une difficulté extrême à divorcer. Et qui malgré tout, ont réussi à s'imposer et à en remontrer aux hommes dans cet environnement véritablement misogyne. 

Commençons par celle qui est sans doute la plus incroyable à tel point qu'un seul film ne serait pas approprié. Il faudrait plutôt préparer une série en plusieurs épisodes, tant elle a connu de vies différentes.

Marie Marvingt

Selon sa fiche Wikipedia (sur laquelle se basent mes écrits), Marie Marvingt est une pionnière de l'aviation, inventrice, sportive, alpiniste, infirmière et journaliste française. Elle a été surnommée "la fiancée du danger". 

 Marie Marvingt est le quatrième enfant de Félix et Elisabeth. Ses trois premiers enfants sont morts dans l'enfance et le cinquième, Eugène est de santé fragile. Passionné de sport, Eugène décide d'initier sa fille aux disciplines sportives. Elle devient ainsi le partenaire d'aventure de son père sur l'ensemble de ses activités : natation, escalade, billard. 

Marie étudie la médecine (elle obtient son diplôme d'infirmière) ainsi que le droit. Elle parle 5 langues couramment et prend même le temps de rédiger sous pseudonyme des poèmes pendant son temps libre.

Dès 1899, elle devient l'une des premières femmes titulaire du permis de conduire. 

En parallèle, elle commence une carrière sportive extrêmement féconde : natation, cyclisme, alpinisme, patinage. Tout y passe ! 

Elle est la première française à accomplir la traversée de Paris à la nage (12 km).

En Janvier 1910, elle remporte la première compétition féminine de bobsleigh à Chamonix, au cours de la coupe Léon Auscher. 

Marie Marvingt ( 20 février 1875 - 14 décembre 1963)

En 1901, Marie obtient son brevet de pilote de ballon libre (montgolfière). Par la suite, elle devient la troisième femme au monde à obtenir son brevet de pilote d'avion après Elisa Deroche et Marthe Niel ( toutes trois sont françaises ! )

Lorsque la première guerre mondiale éclate, elle tente de s'engager dans l'aviation française et participe à deux bombardements. Mais finalement, l'armée refuse de la régulariser. Elle s'engage à Nancy en tant qu'infirmière-major auprès d'un chirurgien réputé. 

Elle décide de retourner au front et pour parvenir à ses fins, elle choisit de se déguiser en homme, ce qui lui permet d'aller aux tranchées. 
Là où tant d'hommes usent de tous les subterfuges pour fuir la guerre, Marie a dû également ruser, mais cette fois pour y rentrer. Son déguisement tient pendant 47 jours, puis elle est démasquée et est autorisée à rejoindre le 3ème régiment des chasseurs alpins en tant qu'infirmière et correspondante de guerre. 

Après la première guerre mondiale, elle poursuit ses activités de journaliste et devient officiel de santé pour le compte des armées au Maroc.

Pendant la seconde guerre mondiale, elle travaille comme infirmière de l'air et trouve même le temps d'inventer un type de suture chirurgicale pour recoudre les blessures plus rapidement sur le champ de bataille pour éviter les infections. 

A sa mort, Marie Marvingt est la femme la plus décorée de France. Le grand âge n'arrête pas sa fougue : en 1959, elle passe son brevet de pilote d'hélicoptère (à 84 ans !!!)

Elle mourra le 14 décembre 1963 dans un anonymat presque absolu et donc scandaleux, même si quelques journaux français et américains publient sa nécrologie. 

En fait, Marie a passé sa vie à battre des records dans quasiment toutes les disciplines (je n'ai pas mentionné le tir à la carabine ni l'escrime). 

J'ai trouvé par hasard une bande dessinée racontant les exploits de Marie Marvingt et je l'ai immédiatement achetée. 

Le destin de cette femme extraordinaire n'a pas encore été adapté au cinéma. Toutefois, un documentaire de Michèle Larue et Noël Bursh est sorti en 2006. 

Une petite vidéo de présentation la concernant est disponible sur Dailymotion. Il y a également un bref résumé de sa vie ci-dessous : 

samedi 29 juillet 2023

Altice au pays des dettes

On parle beaucoup ces derniers temps de la chute de la maison Casino, de sa holding de tête Rallye et de celle de son ancien dirigeant, Jean-Charles Naouri a qui il ne resterait plus, dans le meilleur des cas qu'un patrimoine de l'ordre de 1,3 millions d'euros

On commence un peu à évoquer, mais certainement pas assez à mon avis du conglomérat Altice et de la montagne de dette accumulée ces derniers temps. Car c'est ainsi que le fondateur de ce groupe, Patrick Drahi a construit son empire : par la dette en rachetant des entreprises génératrices de cash dans des domaines générateurs de cash, au premier rang desquels les télécoms. 

De ce point de vue, Patrick Drahi est l'anti-Musk, le non-entrepreneur par excellence : Patrick Drahi ne créé jamais rien. 

Il rachète des boites en bonne santé et il commence à virer du monde, à ne plus payer des fournisseurs. Et il se paye systématiquement sur la bête, via des remontées de dividendes, des redevances ( Drahi est propriétaire de la marque SFR et il se fait payer plusieurs millions de royalties par la société du même nom pour le droit à l'usage).  

J'étais témoin, certes pas au premières loges, lors du rachat de SFR des manigances faites pour ne pas payer les factures. 

Je m'en souviens car à l'époque, je venais de démarrer Secureware, ma société de cybersécurité et certains contacts me parlaient de ces pratiques ayant cours. Le journal L'Informé en a fait un article.

Mais il y a pire : dès le rachat, le milliardaire franco-maroco-israélo-portugais (et ayant par ailleurs acheté la nationalité de Saint Kitt et Nevis) a sciemment pillé les caisses de sa pépite, SFR. C'est un article de Street Press qui révèle le pot aux roses

Patrick Drahi non seulement construit par la dette, mais également rachète sans trop de cohérence stratégique. 

Qu'y a-t-il de commun entre Nextradio TV, SFR, Sotheby's et Teads ? Pas grand chose en réalité à part les goûts du fondateur qui aime également à investir dans l'immobilier en Suisse pour ses besoins propres et se déplacer en jet privé. 

Longtemps prophétisé, la chute du navire amiral de Patrick Drahi ne s'est toujours pas produite. Le milliardaire apatride continue de racheter des actifs au gré de ses envies et est toujours classé parmi les principales fortunes françaises par le magazine Challenges. 

Tout n'est pas sombre, cependant. Les choses évoluent, les langues commencent à se délier. 

En 2022, un groupe de hackers russes, Hive pirate ses données informatiques et devant le refus du groupe de payer la moindre rançon, décide de mettre en accès libre les informations récoltés. 

C'est ainsi qu'un certain nombre de médias, souvent indépendants ont pu s'intéresser à lui et que les informations ont pu remonter à la surface. Par exemple, les affaires juteuses de Patrick Drahi dans l'immobilier

On notera également l'incroyable affaire de la mise en examen mi-Juillet d'Armando Pereira, le numéro deux officieux du groupe.

Armando Pereira s'était notamment fait connaitre en France par ses talents de "cost killer" (cf. l'article plus haut). Mais il est surtout l'homme de comme de Patrick Drahi avec lequel il a démarré le groupe il y a plus de 30 ans.  

A priori dans cette affaire, Altice n'était pas au courant des manigances de son associé et ferait partie des entités lésées.

Même si comme le rappelle le journal Mediapart, il semble difficile de croire que Patrick Drahi n'ait été au courant de rien, tant l'alliance entre les deux hommes est ancienne. 

Mention spéciale malgré tout à Idriss Aberkane qui a dans cette vidéo Youtube démontré tout le danger que représente Drahi pour la France : 


Au moins Idriss Aberkane a bien vu le fin fonds de l'affaire : Altice est une multinationale zombie qui sert désormais les intérêts des pouvoirs en place pour ne pas sombrer.  Selon un banquier d'affaires cité dans cette vidéo, Patrick Drahi aurait "un capital de 100 et une dette de 100 000". C'est de plus une banque financière à retardement. 

dimanche 29 janvier 2023

Steve Jobs

Je viens de regarder "Steve Jobs", un film de Dannie Boyle sorti en 2015 et ce que j'en ai vu m'a conforté dans mon opinion : cet homme était une ordure, un type complètement malsain et son soi-disant génie créatif ne peut absolument pas contre-balancer le minable qu'il était dans la vie de tous les jours. 


A la décharge de Mr Jobs, Steve Wozniak (et d'autres) ont par la suite déclaré en interview que le film avait très certainement trop accentué sur la méchanceté du personnage et sur certaines scènes en général

Mais en fait, je ne veux pas m'étendre sur la personnalité disons clivante du personnage. 
Ce que je souhaite mettre en avant dans cet article, c'est l'idée selon laquelle Steve Jobs a eu une chance incroyable dans sa vie professionnelle. 

Il est arrivé sur marché naissant, celui de la micro-informatique. C'était un secteur amené à jouer un rôle essentiel dans le développement économique des décennies suivantes, mais personne ou presque ne le savait, personne ne pressentait à quel point l'informatique serait partie intégrante de nos vies. 

Steve Jobs est arrivé sur le bon créneau au bon moment : le succès initial de l'Apple I et surtout de l'Apple II ( la page Wikipedia) lui a donné les coudées franches pour assouvir toutes ses lubies dont l'écrasante majorité n'ont tout simplement pas fonctionné. 
Auparavant, la micro-informatique était vu comme un hobby de programmeurs : c'est le succès du tableur Visicalc sur Apple II qui a donné à IBM l'envie d'investir dans la micro-informatique. 
Le film d'ailleurs ne se prive pas pour rappeler les nombreux échecs de Steve Jobs dont certains furent particulièrement embarrassants
Sauf que : Steve Jobs était déjà riche, auréolé de sa réputation de créateur visionnaire (alors qu'il n'était pas vraiment ni le créateur ni même le designer des produits Apple) et surtout sur un secteur où il était normal de se tromper.  

Steve Jobs a donc lancé sa startup au bon moment. Certes, mais Steve Jobs est aussi arrivé au bon endroit : la Silicon Valley. Son rêve de startup de la micro-informatique n'aurait pas pu se concrétiser ailleurs. Il n'existait nulle part une telle concentration de talents, d'industries et de capital pour permettre à une entreprise de micro-informatique de prospérer. Rappelons tout de même que le micro-ordinateur a été inventé en France : la première machine était le Micral N de François Gernelle. La société française R2E qui en était l'inventeur n'aurait jamais pu se développer comme l'ont fait les américains. 

J'ajouterais une quatrième chance extraordinaire : Steve Jobs a su s'entourer de génies industriels, techniques et commerciaux qui ont été capables de donner vie à ses lubies. Jobs n'a été que le chef d'orchestre comme il l'avoue bien volontiers dans le biopic. 


dimanche 10 avril 2022

L'ultra-crétin

 La situation actuelle est vraiment déprimante : j'ai vraiment envie de prendre le temps d'écrire des articles de qualité sur la présidentielle, la guerre en Ukraine, la montée des métaux précieux, Yul Brynner, la pseudo "startup nation" qui s'écroule, ... Mais en fait, je ne dispose pas du temps nécessaire. 

J'en suis réduit à ne retenir que les articles les plus simples, les plus évidents, ceux sur lesquels j'imagine, j'espère, qu'il y aura un consensus, y compris de la part des principaux incriminés. 

Et donc, le fond de cet article, le voici : nous sommes entourés d'abrutis, en tout cas en France.

Comme le disait Franck Boizard, dans l'un de ses tweets, les français ont choisi de se suicider par la bêtise (ses propos sont plus directs) : 

La mémoire de poisson rouge des français en particulier et des occidentaux en général, conjuguée à un manque d'intérêt pour la "chose politique" les pousse à des approximations, à des décisions basées sur un ressenti. 

Les relations que j'interroge me disent par exemple : "Globalement, Macron a quand même bien géré l'économie". J'essaie de ne pas glousser, de leur demander d'expliciter en quoi Macron a pris soin de l'économie. Et .... Rien. Dans le meilleur des cas, j'ai droit à un laïus sur les PGE (Prêts Garantis par l'Etat). Aucun de mes interlocuteurs ne réalise que derrière chaque actif (le PGE), il y a un passif (l'inscription des prêts dans les comptes de l'état). Et quand on me signale que de toute façon, les prêts ne seront pas remboursés, très peu de mes interlocuteurs imaginent que cela pourrait mal se passer.

J'estime que le "trop plein d'informations" est aussi responsable de cet état de fait : nous sommes tellement abreuvés de nouvelles dont un bon nombre sont fausses, d'informations et de débats contradictoires que peu de gens ont envie de faire les efforts nécessaires pour trier, classer et recouper l'information.  

Comme le dit si bien, Bruno Bertez, notamment en parlant de l'Ukraine, 

Enfin bref, venons-en au héros de cet article : Bruno Le Maire. 

Bruno n'est clairement pas le seul à mériter le qualificatif, sujet de mon email, mais il est clairement emblématique de la dérive actuelle de nos élites. 

Quasiment tout ce que raconte ce clown est sujet à caution. Ou pour le dire carrément, ce type a presque systématiquement tout faux ! 
Notez le "presque" malheureux dans ce cas, puisqu'il arrive parfois à être proche de la vérité. On ne peut même pas le considérer comme une boussole inversée !

Les cons, ça ose tout comme l'a si bien relevé Audiard : pas étonnant dans ces conditions que le locataire de Bercy pense déjà à 2027 comme on peut le relever ici et là.  

Tout le monde se souvient, je pense, de la prévision de Bruno fin Février 2020, quelques jours avant le premier confinement, indiquant que le Covid coûterait 0,1% de croîssance
Vous me direz sans doute qu'à l'époque, personne ne pourrait prévoir et c'est vrai. Mais cela n'aurait pas dû l'empêcher de fermer sa gueule !

En Février 2022, nous avons appris que BLM ne voyait pas de risques économiques suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie

Sans blagues ! Les conséquences, qui seront forcément au rendez-vous, n'ont pas encore été intégrées et elles ne le seront pas avant le deuxième tour de l'élection présidentielle, et plus probablement encore avant la fin des législatives. 
Mais quel intérêt de dire ce genre de choses : cela n'apporte pas d'eau au moulin, cela ne sert à rien, si ce n'est à dilapider le peu de légitimité qui lui reste ?

Enfin, et c'est le bouquet : sa quasi-déclaration de guerre économique à la Russie le 1er Mars, dans laquelle il annonce que la France va provoquer l'effondrement de l'économie Russe
Cette annonce était tellement énorme qu'elle a provoqué une contre-réaction de Medvedev 

On pourrait multiplier les exemples de bourdes en tout genre, ... Mais à quoi bon ?

Ce type est un crétin fini, nous sommes tout d'accord là dessus. Je pense que, pendant ses éclairs de lucidité, il est lui-même d'accord pour se qualifier de dégénéré. 
Et bien figurez-vous que c'est l'un des moins crétins de ce gouvernement ! Qu'il s'agisse de Schiappa, de Véran, de Bachelot, de Dupond-Moretti, de Florence Parly ... Quelle bande d'incapables !

Vous l'avez compris, je n'ai ce jour, certainement pas choisi de voter pour le locataire actuel de l'Elysée. 

A l'heure où je "mets sous presse", il semblerait que Macron et Le Pen soient en tête du premier tour : j'ai bien l'impression que nous boirons le calice jusqu'à la lie. 


mardi 16 février 2021

The curious case of Donald John Trump

 

Cet article était quasiment prêt à être publié à la suite de l'élection de Novembre. Il est resté dans ma boite de "brouillons" et cela m'a permis de rajouter quelques petits détails structurels, sans rien changer sur le fond de l'analyse.

samedi 31 octobre 2020

En cherchant Majorana

 

"Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que les conquêtes de l’industrie qui ont enrichi tant d’hommes pratiques n’auraient jamais vu le jour si ces hommes pratiques avaient seuls existé, et s’ils n’avaient été devancés par des fous désintéressés qui sont morts pauvres, qui ne pensaient jamais à l’utile, et qui pourtant avaient un autre guide que leur caprice."

                                                  Henri Poincaré

 

Je viens de finir la lecture du livre d'Etienne Klein, "en cherchant Majorana".

Ce livre se consacre à la vie du physicien Ettore Majorana, un génie absolu de la physique des particules et, partant, de la physique quantique.

La vie fort brève, d'Ettore Majorana est fascinante, et le mystère de sa disparition l'est tout autant. 

Ettore Majorana est né d'une illustre famille italienne à Catana, en Sicile. Dès l'enfance, vers 3-4 ans, il manifeste des dons prodigieux pour le calcul mental et ses parents le mettent en scène auprès des voisins à la façon d'un petit Mozart.
Quand je parle de calcul mental dans le cas d'Ettore, il ne s'agit pas de préciser combien font 12 par 17 ou bien 335 par 61. Non. Il s'agit d'extraire, de tête, la racine carrée de 1922 par le cube de 76 ou l'exponentielle de 2,35 à la troisième décimale. 
En fait, Majorana baigne naturellement dans les chiffres; il les comprend et les connait instinctivement à un degré jamais vu. Mais ce n'est bien entendu qu'une infime partie, presque négligeable, de son talent.

En 1926, après de brillantes études, il a l'occasion de rencontrer Enrico Fermi, qui est alors chargé de bâtir l'équipe de physique théorique sur la péninsule italienne, pour permettre à l'Italie de combler son retard sur les autres nations européennes. 

L'anecdote de leur première rencontre décrite de manière succinte sur la page Wikipedia de Majorana et de manière encore plus explicite dans le livre est un condensé de la vie de ce savant : en une seule nuit, il résout par une astuce mathématique, les efforts de Fermi pour formaliser son modèle de l'atome (qui prendra par la suite le nom de modèle de Thomas-Fermi). 

Le 6 Juillet 1929, Ettora Majorana défend son doctorat et obtient la note maximale de 110/110 avec toutes les félicitations possibles. 

Ce qu'il y a de fascinant dans la vie d'Ettore, c'est tout d'abord, bien entendu, son génie absolu, couplé comme c'est souvent le cas à une difficulté à s'insérer dans la vie sociale. On ne lui connait aucune aventure sentimentale et aucune participation à une grande cause de son temps. Il semble traverser la vie indifférent à tout. 

Mais la deuxième particularité de la vie d'Ettore, c'est son refus quasi systématique de se mettre en avant et même de publier ses découvertes, préférant souvent laisser la reconnaissance à d'autres chercheurs, même s'il a anticipé leurs découvertes. 

C'est le cas, parmi de nombreuses exemples, avec l'expérience des Joliot Curie sur certains éléments bombardés par des particules α qui peuvent mettre en mouvement des protons. 

Suite à leur publication, Majorana a l'intuition de l'existence d'une particule sans charge électrique. Il s'en ouvre à Fermi qui le supplie de publier ses résultats, ce qu'il refuse de faire, estimant que sa théorie n'est pas encore aboutie. Quelques temps plus tard, c'est James Chadwick qui mettra en évidence l'existence du neutron, suite à quoi il obtiendra le prix Nobel pour ses travaux.  
Rappelons quand même que cette découverte a mené à la fission nucléaire et donc à la bombe atomique. 

C'est bien simple : Majorana réfléchit sans cesse, il écrit beaucoup, mais il répugne presque systématiquement à publier.

Comme le montre l'ouvrage d'Etienne Klein, ses idées sont tellement transgressives, qu'elles continuent de susciter des débats des dizaines d'années après sa disparition. Elles ne sont d'ailleurs pas cantonnées au sujet des particules physiques et s'ouvrent également aux champs des sciences sociales. 

Parler de la vie de Majorana ne serait pas complet sans évoquer le mystère de sa disparition, à seulement 31 ans.

Début 1938, après des années d'isolement complet pendant lesquelles, il vit pratiquement à l'écart du monde, il devient professeur de physique à Naples. 

Le 26 Mars 1928, il prend le paquebot pour Palerme après avoir envoyé une lettre à sa famille et à l'un de ses amis, dans laquelle il annonce, de manière sibylline, son souhait de mettre fin à ses jours. 

Mais une fois à Palerme il envoie un télégramme à ses parents et une lettre à son ami, Carrelli, dans lequel il annonce que la mer l'a refusé [ il mare mi ha rifiutato ] et il indique qu'il reviendra le lendemain à l'hôtel Bologna de Naples. Il annonce qu'il renonce à l'enseignement. 

C'est la dernière trace que l'on ait de lui. Il semblerait, selon la compagnie maritime Tirrenia qu'il ait effectivement repris le bateau vers Naples. 

Le mystère grandit lorsqu'on s'aperçoit qu'il a vidé son compte en banque et emporté son passeport. 

Sa disparition provoque un émoi considérable. Sa famille met en oeuvre des sommes importantes pour le retrouver. Fermi qui disposait de contacts au sein du parti fasciste réussit à les mobiliser le gouvernement qui effectue d'importantes recherches. 

Fermi écrit notamment, pour justifier l'empressement à conduire les recherches : 

"Il existe différentes catégories d'hommes de sciences : les scientifiques de deuxième rang, hommes de la périphérie inaptes à se relier au centre même de la science, qui font simplement de leur mieux mais ne vont jamais bien loin; les scientifiques de premier rang, qui parviennent à des découvertes de grande importance, fondamentales pour le développement de la science; enfin, les génies, de la trempe de Galilée et de Newton. Majorana est de ceux-là; il a des dons qu'il est seul au monde à posséder. Malheureusement, il lui manque ce qu'il est courant de trouver chez les autres hommes : le simple bon sens". (1)

Les recherches reprennent.
Rien n'y fait. Depuis le 26 Mars 1938, Ettore Majorana ne donne plus de signe de vie.  

Le mystère de sa disparition demeure complet et s'épaissit même fortement, suite à divers témoignages d'amis et de proches et bien sûr à ses dernières lettres. 

Il serait trop long de résumer ici l'ensemble des hypothèses et c'est d'ailleurs une partie de l'intérêt du livre de Klein, que de les expliciter. 


Aujourd'hui, des dizaines d'années après la disparition d'Ettore Majorana, ses thèses continuent de susciter la réflexion. 

La théorie des fermions de Majorana est à l'avant-garde des ordinateurs quantiques du futur. 

En 2020, et contrairement à ce qui avait été affirmé quelques années plus tôt, le débat n'est toujours pas tranché concernant ce que l'on appelle désormais "la particule de l'ange" ( je préfère le nom originel de Fermion de Majorana, même si mon avis ne compte pas). 


jeudi 27 août 2020

Caroline Aigle



Il y a quelques temps, j'ai eu l'occasion de faire une intervention chez Apache Aviation, et de faire la connaissance notamment de Patrick Marchand et Jacques Bothelin.
Apache Aviation est la seule société de voltige privée au monde, opérant sur jet, ce qui pour un dijonnais comme moi est une grande source de fierté ! 

Ce fut l'occasion pour moi d'entendre parler des différents membres de cette troupe. En allant glaner des informations sur Internet, j'ai entendu parler de Christophe Deketelaere ("Douki") dont une interview sur le site du Bien Public est disponible ici.

Douki était le compagnon d'une certaine Caroline Aigle, ... et les bras m'en sont tombés lorsque j'ai fait connaissance avec sa biographie.

Caroline Aigle, percutée par le destin alors qu'elle était encore en pleine ascension, a eu un parcours incroyable. 



Cette jeune femme, surnommée "le Moineau" à cause de son gabarit (1m60, 50 kg) a réussi l'exploit d'être, en 1999, la première femme pilote de chasse de l'armée de l'air française. 
Avant cela, elle a eu un parcours académique impeccable ! Reçue à la fois à l'Ecole Normale Supérieure et à Polytechnique, elle choisira cette dernière école, la crème de l'élite, dont elle sortira major, avec comme spécialité la mécanique des fluides. 

Elle n'en délaisse pas pour autant les activités sportives. Elle fait son service militaire au 3ème bataillon de chasseurs alpins de Chambery, elle fait de la moto, plus de 250 sauts en parachute, de la course à pied,... 
Elle est également championne du monde militaire par équipes de triathlon en 1997 et vice-championne en 1999. 

Jusqu'en 1996, l'activité de pilote de chasse était interdite aux femmes. 
Dès l'ouverture de l'activité aux femmes, Caroline Aigle se porte volontaire : elle sera brevetée sur AlphaJet le 28 Mai 1999.

Caroline deviendra commandant d'escadrille en 2005, avant de se décider pour une carrière d'astronaute.
Elle apprenait le russe et avait repris des études d'astronomie : elle avait toutes les chances d'être sélectionnée par l'Agence Spatiale Européenne, ... lorsqu'un cancer foudroyant est détecté, alors qu'elle est enceinte de son deuxième enfant.
Elle choisit de donner naissance à cet enfant de manière prématurée, par césarienne, et meurt quelques jours plus tard. 

Cette vidéo sur Youtube où Michel Drucker témoigne de l'impact médiatique qu'a eu Caroline Aigle sur le métier, et dévoile également sa personnalité relativement modeste, je trouve.


Ce petit bout de femme était vraiment extraordinaire et en tout cas pour moi, une source d'inspiration.



Caroline Aigle, Colette Duval, Panama Al Brown, Eugène Bullard, Patrick de Gayardon, Evariste Galois, ... la liste des gens dont je souhaiterais produire / réaliser un biopic commence à être longue comme le bras.




vendredi 14 août 2020

Hommage à Gérard Depardieu


Habituellement, on rend hommage à quelqu'un lorsqu'il vient de mourir. 

Moi, j'ai envie de rendre hommage à Gérard Depardieu de son vivant (et de lui souhaiter une vie la plus longue possible). 

Gérard Depardieu : le seul, le vrai !


J'ai déjà eu l'occasion de dire à des amis et je souhaite l'écrire : Gérard Depardieu est le meilleur acteur français de tous les temps (en tout cas, de ceux que je connais). 
J'ai envie d'écrire le meilleur acteur de tous les temps, mais je ne vais pas m'y risquer. 

Depardieu est drôle. J'ai eu mes plus grands fous rires avec Depardieu, bien sûr dans les films de Francis Veber (mon réalisateur fétiche) mais aussi dans ceux de Bertrand Blier. 

Je vous propose de regarder ce court extrait de "Tenue de Soirée" et si vous ne riez pas du tout sur la fin, c'est que vous n'êtes pas vraiment cablé comme moi. Même si je trouve que Bertrand Blier a mal vieilli (cf. le passage avec Laurent Gerra à la matinale de RTL), je lui conserve tout mon respect : je n'aurais jamais été capable de créer des dialogues aussi déjantés.



Si le clip de Tenue de Soirée n'apparait pas, essayez l'extrait ci-dessous du film "Tais-toi !".
J'ai un mal de chien à ne pas rire à chaque fois et pourtant je l'ai regardé plus de vingt fois. 





Gérard Depardieu est dramatique quand il le veut...

Il peut jouer dans absolument tous les genres. 
Quand le film dans lequel tourne Depardieu est mauvais, ce n'est jamais de la faute de l'acteur, mais plutôt du réalisateur ou du scénariste.

Sa boulimie de jeu est impressionnante et il tape juste à chaque fois ! 
Sa fiche Wikipedia recense plus de 61 films ayant fait plus de 1 millions d'entrée. Qui, dans le cinéma français peut égaler cela ? Je ne suis même pas sûr que De Funès qui, malheureusement a connu un succès tardif, ait tourné 61 films dans sa carrière...



Longue vie à Gérard Depardieu !!!
( et que Ayrault soit obligé de cirer ses pompes, toutes les semaines)

















samedi 13 juin 2020

Interview d'Aldous Huxley en français


Youtube ressemble un peu à un souk : il y a tellement de choses entreposées les unes sur les autres, qu'il est possible assez fréquemment de tomber, sans même y prêter attention, sur une perle.

C'est ce qui m'est arrivé dernièrement avec cette interview (en français !) d'Aldous Huxley dans les années 60 :



Il y a vraiment beaucoup à dire sur cette vidéo, d'abord la forme, et en particulier le français très élégant dans lequel s'exprime Aldous Huxley.
Ses paroles sont fluides, ses phrases construites :  tout est en contradictions avec les grognements et les borborygmes des rappeurs d'aujourd'hui, français sur le papier, et qui ne savent pas aligner trois phrases correctes.

Rappelons quand même qu'Aldous Huxley a été professeur de français à l'Eton Collège et que parmi ses élèves, il a compté un certain Eric Blair, alias George Orwell.

Mais j'ai quand même une petite nostalgie pour cette période pendant laquelle les élites parlaient souvent le français, et où la France était encore un peu considérée.
Aujourd'hui, même nos politiques ne savent plus s'exprimer sans anglicisme.

J'admire Aldous Huxley, pour sa classe que l'on observe jusque dans sa garde-robe, pour son côté tellement anglais et pour le détachement qu'il a réussi à affecter une certaine indifférence pendant une grande partie de sa vie, sur sa maladie, bien qu'elle l'ait handicapé grandement.

Je serais curieux de savoir ce qu'il pense des programmes télévisés actuels en particulier quand on l'écoute déplorer le faible niveau intellectuel des fictions de son temps. Que dirait-il face à l'indigence intellectuelle du XXIème siècle ? 

Je suis également admiratif de sa capacité à se réinventer, à s'ouvrir à de nouveaux horizons ( parapsychologie, expériences psychédéliques,...) .

Sa décision de rester à Hollywood à un moment où l'industrie cinématographique n'était pas encore complètement annihilée par l'argent, et où il faisait globalement bon vivre pour un scénariste, a dû être une expérience formidable.

Du côté du journaliste, on notera sa capacité à laisser l'interviewé dérouler sa pensée sans l'interrompre à tout moment. Je suis devenu incapable de regarder une interview sur BFMTV pour ne citer qu'eux, à cause de leur manie d'interrompre à tout moment leur invité. 




Je suis d'accord avec Huxley, lorsqu'il dit en fin d'interview, que l'humour est une chose de la plus haute importance.
J'aurais adoré avoir de l'humour (où être très intelligent) quand j'étais petit. 
Malheureusement, cela ne s'est pas fait... Ce sera peut-être pour une prochaine fois.

4 visions différentes de la future réserve de valeur. Qui aura raison ?

 Il y a quelques temps, j'ai eu l'opportunité d'interviewer mon cher ami, Eric Larcheveque. Eric est devenu, depuis sa participa...