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vendredi 15 mai 2026

4 visions différentes de la future réserve de valeur. Qui aura raison ?

 Il y a quelques temps, j'ai eu l'opportunité d'interviewer mon cher ami, Eric Larcheveque. Eric est devenu, depuis sa participation à "Qui Veut Etre Mon Associé" une star sur les réseaux sociaux et dans la vraie vie. Vous pouvez retrouver la vidéo ci-dessous :


Eric est vu en France, et sans doute à raison, comme étant "Monsieur Bitcoin". Cela lui vaut d'ailleurs pas mal de contraintes de sécurité comme il me l'a raconté, ce qui est tout simplement insupportable !

Eric est, comme moi, un "Bitcoin Maximalist". Je considère en effet que le jeton bitcoin est le seul qui puisse éventuellement être considéré comme une monnaie. Les autres jetons qu'il s'agisse d'Ethereum, de Solana, du XRP et de l'ensemble des cryptomonnaies sont des projets globalement très intéressants, souvent bien plus fonctionnels que la blockchain bitcoin, mais qui doivent être valorisés selon une logique de société et non pas comme des monnaies. 

Eric a plusieurs fois affirmé que 100% de sa trésorerie disponible était investi en bitcoins. Quand il parle de sa trésorerie disponible, il fait référence à l'argent qui n'est pas investi dans ses actifs, tels que son domaine ou bien ses investissements dans des startups. 

En d'autres termes, pour la préservation de son capital, Eric ne fait confiance qu'au Bitcoin. Il envisage un futur dans lequel les autres actifs, à commencer par les monnaies fiat seront très fortement secouées, voire retourneront à leur valeur intrinsèque, ... comme dirait Voltaire. 

En d'autres termes, Eric investit toutes ses économies disponibles dans la cryptomonnaie Bitcoin. Et il le fait dans une logique de "sécurité émotionnelle". Il dort bien précisément parce qu'il sait que ses actifs sont exclusivement en Bitcoin. Il a mis tous ses oeufs dans le même panier, mais c'est pour lui un panier en titane, absolument incassable. 

Dans un autre registre, mon ami JS, installé dans la Silicon Valley et qui travaille depuis une dizaine d'années pour Google, ne jure que par les hyperscalers de la Silicon Valley. La plus grande partie de ses actifs (hors immobilier) est investi sur certains des plus grands noms à l'épicentre de cette révolution que constitue l'Intelligence Artificielle : Alphabet bien sûr, la maison mère de Google, mais également Nvidia et Amazon. Il a également d'autres stocks tels qu'Intel et sans doute de manière plus anecdotique Meta et Microsoft. Nvidia est une conviction très forte et cette pondération découle de ce qu'il observe au quotidien : la demande est très très forte, personne ne peut (pour l'instant) remplacer Nvidia qui est l'un des 

Soyons clairs : la réalité lui donne raison pour le moment. La demande est gigantesque. Nvidia n'arrête pas, depuis plusieurs trimestres, de battre toutes les prévisions pourtant régulièrement relevées des analystes. 

Nvidia est en général vu comme un concepteur de puces alors qu'il dispose de tout un ecosystème, en particulier CUDA. Comme l'explique cet article de Wired, Nvidia est aussi et peut-être avant tout une société de logiciel. 

A côté, les chiffres d'Alphabet et même d'Amazon sont également très flatteurs, si on met de côté la baisse énorme du free cash flow, conséquence de l'explosion des Capex, pour des équipements présents dans des datacenters dont la durée de vie avant obsolescence est singulièrement courte

Donc, peut-être que cette fois, c'est différent. 

Mais peut-être sommes-nous en bulle ? 

Et justement, certains semblent le penser, comme en témoigne cette excellente vidéo de Xavier Delmas :


Le sujet des Capex est en effet vertigineux et souvent mis de côté. La phrase attribuée à Larry Page dans l'image ci-dessous, si elle est réelle reflète bien ce qui est en train de se passer au niveau de l'intelligence artificielle : il s'agit d'une guerre d'attrition !

Le 02 juillet, j'aurai le plaisir d'interviewer un chef d'entreprise et investisseur de tout premier plan de l'écosystème français. Et lui ne jure que par Tesla qu'il a pourtant découvert assez tardivement (vers 2021 ou 2022). Il a investi plusieurs millions d'euros (ou dizaines de millions ?) dans cette société. De son propre aveu, il passe plusieurs jours par jour à explorer différents aspects des sociétés de Musk, de la concurrence, du marché,... 

Il est incollable sur un certain nombre de sujets et vois le cours arriver à 2000 dollars ce qui multiplierait son investissement initial par près de dix. 

Voici en particulier l'un de ses derniers tweets sur la difficulté de reproduire la capacité des mains humaines et l'avance prise, selon lui, par Tesla sur ce sujet. 


Cet entrepreneur est intimement convaincu que la société Tesla a pris une avance extraordinaire qui se matérialisera dans les années à venir. Et selon lui, les actions Tesla constitueront une réserve de valeur quels que soient les scénarios futurs, y compris le décès actuel de son emblématique PDG. On va mettre de côté le scénario d'une apocalypse nucléaire dans lequel la réserve de valeur deviendrait de facto la nourriture et les armes. 

De mon côté, je considère que les métaux précieux, or et argent en particulier n'en sont qu'au début de leur ascension séculaire. Nous allons payer le prix (ou bénéficier, selon le camp dans lequel on se trouve) de près de 50 ans de gabegie inflationniste et pour l'instant mon observation du marché est que Bitcoin se comporte comme un actif "risk-on", c'est à dire qu'il monte lorsque les actifs (actions...) corrélés au risque, augmentent. Pour survivre à la prochaine crise financière (pas nécessairement pour prospérer avant), il faudra être investi en métaux précieux ou mieux encore en actions de sociétés minières. 

samedi 29 juillet 2023

Altice au pays des dettes

On parle beaucoup ces derniers temps de la chute de la maison Casino, de sa holding de tête Rallye et de celle de son ancien dirigeant, Jean-Charles Naouri a qui il ne resterait plus, dans le meilleur des cas qu'un patrimoine de l'ordre de 1,3 millions d'euros

On commence un peu à évoquer, mais certainement pas assez à mon avis du conglomérat Altice et de la montagne de dette accumulée ces derniers temps. Car c'est ainsi que le fondateur de ce groupe, Patrick Drahi a construit son empire : par la dette en rachetant des entreprises génératrices de cash dans des domaines générateurs de cash, au premier rang desquels les télécoms. 

De ce point de vue, Patrick Drahi est l'anti-Musk, le non-entrepreneur par excellence : Patrick Drahi ne créé jamais rien. 

Il rachète des boites en bonne santé et il commence à virer du monde, à ne plus payer des fournisseurs. Et il se paye systématiquement sur la bête, via des remontées de dividendes, des redevances ( Drahi est propriétaire de la marque SFR et il se fait payer plusieurs millions de royalties par la société du même nom pour le droit à l'usage).  

J'étais témoin, certes pas au premières loges, lors du rachat de SFR des manigances faites pour ne pas payer les factures. 

Je m'en souviens car à l'époque, je venais de démarrer Secureware, ma société de cybersécurité et certains contacts me parlaient de ces pratiques ayant cours. Le journal L'Informé en a fait un article.

Mais il y a pire : dès le rachat, le milliardaire franco-maroco-israélo-portugais (et ayant par ailleurs acheté la nationalité de Saint Kitt et Nevis) a sciemment pillé les caisses de sa pépite, SFR. C'est un article de Street Press qui révèle le pot aux roses

Patrick Drahi non seulement construit par la dette, mais également rachète sans trop de cohérence stratégique. 

Qu'y a-t-il de commun entre Nextradio TV, SFR, Sotheby's et Teads ? Pas grand chose en réalité à part les goûts du fondateur qui aime également à investir dans l'immobilier en Suisse pour ses besoins propres et se déplacer en jet privé. 

Longtemps prophétisé, la chute du navire amiral de Patrick Drahi ne s'est toujours pas produite. Le milliardaire apatride continue de racheter des actifs au gré de ses envies et est toujours classé parmi les principales fortunes françaises par le magazine Challenges. 

Tout n'est pas sombre, cependant. Les choses évoluent, les langues commencent à se délier. 

En 2022, un groupe de hackers russes, Hive pirate ses données informatiques et devant le refus du groupe de payer la moindre rançon, décide de mettre en accès libre les informations récoltés. 

C'est ainsi qu'un certain nombre de médias, souvent indépendants ont pu s'intéresser à lui et que les informations ont pu remonter à la surface. Par exemple, les affaires juteuses de Patrick Drahi dans l'immobilier

On notera également l'incroyable affaire de la mise en examen mi-Juillet d'Armando Pereira, le numéro deux officieux du groupe.

Armando Pereira s'était notamment fait connaitre en France par ses talents de "cost killer" (cf. l'article plus haut). Mais il est surtout l'homme de comme de Patrick Drahi avec lequel il a démarré le groupe il y a plus de 30 ans.  

A priori dans cette affaire, Altice n'était pas au courant des manigances de son associé et ferait partie des entités lésées.

Même si comme le rappelle le journal Mediapart, il semble difficile de croire que Patrick Drahi n'ait été au courant de rien, tant l'alliance entre les deux hommes est ancienne. 

Mention spéciale malgré tout à Idriss Aberkane qui a dans cette vidéo Youtube démontré tout le danger que représente Drahi pour la France : 


Au moins Idriss Aberkane a bien vu le fin fonds de l'affaire : Altice est une multinationale zombie qui sert désormais les intérêts des pouvoirs en place pour ne pas sombrer.  Selon un banquier d'affaires cité dans cette vidéo, Patrick Drahi aurait "un capital de 100 et une dette de 100 000". C'est de plus une banque financière à retardement. 

dimanche 29 janvier 2023

Steve Jobs

Je viens de regarder "Steve Jobs", un film de Dannie Boyle sorti en 2015 et ce que j'en ai vu m'a conforté dans mon opinion : cet homme était une ordure, un type complètement malsain et son soi-disant génie créatif ne peut absolument pas contre-balancer le minable qu'il était dans la vie de tous les jours. 


A la décharge de Mr Jobs, Steve Wozniak (et d'autres) ont par la suite déclaré en interview que le film avait très certainement trop accentué sur la méchanceté du personnage et sur certaines scènes en général

Mais en fait, je ne veux pas m'étendre sur la personnalité disons clivante du personnage. 
Ce que je souhaite mettre en avant dans cet article, c'est l'idée selon laquelle Steve Jobs a eu une chance incroyable dans sa vie professionnelle. 

Il est arrivé sur marché naissant, celui de la micro-informatique. C'était un secteur amené à jouer un rôle essentiel dans le développement économique des décennies suivantes, mais personne ou presque ne le savait, personne ne pressentait à quel point l'informatique serait partie intégrante de nos vies. 

Steve Jobs est arrivé sur le bon créneau au bon moment : le succès initial de l'Apple I et surtout de l'Apple II ( la page Wikipedia) lui a donné les coudées franches pour assouvir toutes ses lubies dont l'écrasante majorité n'ont tout simplement pas fonctionné. 
Auparavant, la micro-informatique était vu comme un hobby de programmeurs : c'est le succès du tableur Visicalc sur Apple II qui a donné à IBM l'envie d'investir dans la micro-informatique. 
Le film d'ailleurs ne se prive pas pour rappeler les nombreux échecs de Steve Jobs dont certains furent particulièrement embarrassants
Sauf que : Steve Jobs était déjà riche, auréolé de sa réputation de créateur visionnaire (alors qu'il n'était pas vraiment ni le créateur ni même le designer des produits Apple) et surtout sur un secteur où il était normal de se tromper.  

Steve Jobs a donc lancé sa startup au bon moment. Certes, mais Steve Jobs est aussi arrivé au bon endroit : la Silicon Valley. Son rêve de startup de la micro-informatique n'aurait pas pu se concrétiser ailleurs. Il n'existait nulle part une telle concentration de talents, d'industries et de capital pour permettre à une entreprise de micro-informatique de prospérer. Rappelons tout de même que le micro-ordinateur a été inventé en France : la première machine était le Micral N de François Gernelle. La société française R2E qui en était l'inventeur n'aurait jamais pu se développer comme l'ont fait les américains. 

J'ajouterais une quatrième chance extraordinaire : Steve Jobs a su s'entourer de génies industriels, techniques et commerciaux qui ont été capables de donner vie à ses lubies. Jobs n'a été que le chef d'orchestre comme il l'avoue bien volontiers dans le biopic. 


mercredi 29 juin 2022

Intel : analyse d'une action à fort potentiel

A l’heure où le marché boursier subit une baisse significative, où le marché obligatoire connait une véritable déroute et où le marché des cryptos descend en enfer, il me semble intéressant d’attirer l’attention du lecteur sur une société qui représente, à mon avis, une excellente opportunité d’investissement de cours, moyen et long terme. Cette société n’est autre que le leader mondial du marché des semiconducteurs, Intel Corporation.  

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles l’investissement dans Intel est en ce moment même une belle opportunité, et nous allons les détailler ci-dessous.

Lorsqu’on examine l’investissement dans une entreprise, la plupart des recommandations à l’achat ou à la vente démarrent par une analyse graphique. Ce ne sera pas mon propos. Je m’intéresse davantage à l’analyse fondamentale. Quels seront les facteurs considérés ?

Nous allons regarder :

  • La barrière à l’entrée : ce qui protège Intel de la concurrence
  • L’équipe dirigeante et en premier lieu, bien entendu le CEO
  • Les technologies et les axes de développement d’Intel
  • Les éléments de valorisation actuels ( chiffre d’affaires, EBITDA, PER,…)
  • L’évolution du cours ces dernières années
  • La politique de dividende, très régulière
  • Les aspects géopolitiques qui sont à moyen et longs terme, très favorables à Intel

 

Barrière à l’entrée

Commençons par un facteur essentiel : lorsqu’on investit dans une entreprise, on ne souhaite pas que celle-ci se fasse doubler par la concurrence (Yahoo !; Altavista, Hotbots,…) ou que les technologies qu’elle propose deviennent obsolètes.

De ce point de vue, Intel officie dans le secteur avec, à mon avis, la plus gigantesque barrière à l’entrée au monde. Les investissements sont tellement énormes dans la course à la miniaturisation que seuls Intel et Samsung peuvent suivre la course effrénée menée pour l’instant par TSMC.

Par exemple, rien que pour l’Europe, Intel a annoncé un plan d’investissement de 80 milliards sur 10 ans.

Ce n’est pas pour rien que Rob Larson sur le site Jacobin.com (repris en français par le site Les Crises) a parlé d’un oligopole dangereux.

Intel est pour l’année 2021 par ailleurs à la 6ème place de l’IFI Claims Patent Services qui publie notamment le TOP 250 des entreprises ayant déposé des brevets, loin devant AMD, Microsoft, Amazon et toutefois derrière TSMC et Samsung.

 

Dirigeant

En Janvier 2021, Pat Gelsinger a succédé au terne Bob Swan.

Un ingénieur technique qui succède à un financier : ce point est fondamental. Intel est une entreprise de high-tech et a besoin d’un vrai technicien. Microsoft a connu son heure de gloire avec Bill Gates, Google a démarré avec Sergey Brin et Larry Page, etc…

Et Pat Gelsinger n’est pas n’importe qui : il s’agit de l’architecte en chef du processeur X486, qui doit éveiller quelques souvenirs pour les plus anciens parmi nous.

Son mantra, « Intel is back » n’est pas une parole en l’air, comme nous allons le voir ci-dessous.

En 1 an et demi, Pat Gelsinger a effectivement annoncé une série d’investissements significatifs, souvent contre l’avis de Wall Street et ces annonces ont été des facteurs déterminants, à mon sens, dans la baisse du titre.  

 

Technologies

Dans son cœur de métier, la production de puces pour les PCs de bureau et les serveurs, Intel a fait dès le mois d’Août de l’année dernière, une série d’annonces sur la douzième génération de processeurs Core. Ces annonces ont permis à Intel de rattraper son retard sur la concurrence, sauf pour ce qui est de la finesse de gravure par rapport à AMD.

La 13ème génération est déjà attendue pour le deuxième semestre 2022.

La conférence annuelle « Intel Investor Day » permet d’identifier les technologies et axes de recherche qui constitueront les relais de croissance de demain.

Dans cette conférence, Intel indique être en avance sur son planning de finesse de gravure.

Ce point a d’ailleurs été renforcé par une annonce d’Avril 2022, selon laquelle l’ère Angström démarrera au second semestre 2024, soit 6 mois plus tôt que prévu. Cette ère annoncée par Intel devrait lui permettre de récupérer sa couronne de fondeur ayant la gravure la plus fine. On rappelle qu’un Angström fait 10-10 mètres ou encore 0,1 nm. Dans la réalité, les premiers processeurs de l’ère Angström seront gravés à 1,8 nm (soit 18 Angström).

Pour rassurer les investisseurs de long terme, Intel précise aussi ses domaines de recherche à l’occasion d’une conférence également annuelle, intitulée « Intel Vision Day ». La dernière s’est tenue les 10 et 11 Mai 2022 et elle a permis de clarifier les points suivants :

Ø  La création d’un nouveau processeur mobile ultra-puissant, le Core-HX, preuve s’il en est qu’Intel n’a pas abandonné le créneau des processeurs pour les équipements mobiles (principalement les ordinateurs portables).

Ø  Le lancement d’une nouvelle catégorie de processeurs dédiée à l’optimisation des centres de données : les IPU (Infrastructure Processing Unit).

Ø  La mise en production prochaine d’une nouvelle génération d’Intel Xeon, les Sapphire Rapids.

Ø  Une infrastructure complète logicielle et matérielle, appelée Gaudi 2, spécialement optimisée pour l’IA et les processus de « deep learning ».

Ø  Une plateforme complète de TaaS ( « Trust As A Service ») permettant aux entreprises de certifier les processus s’exécutant sur une plateforme à distance, tout en conservant à distance les clés de chiffrement. Chez Intel, cette initiative porte le nom de projet Amber. Gageons que cette offre connaitra un succès certain auprès d’un certain nombre d’agences gouvernementales.

On le voit, Intel est à la pointe sur de très nombreux fronts et la finesse de gravure n’est qu’un seul aspect de ses efforts de recherche et développement.

Mais Intel, c’est aussi une position de leader sur le marché émergent des puces neuromorphiques, avec la sortie de la puce Loihi 2, qui mime le comportement d’un réseau neuronal. Sur ce sujet, très stratégique pour le futur, Intel fait pratiquement jeu égal avec IBM.

Enfin Intel, c’est surtout une politique d’acquisition très intelligente, en particulier MobilEye, qui est à mon avis l’entreprise la plus avancée dans les solutions permettant de démocratiser la conduite autonome. Plus de 50 millions de véhicules utilisent déjà ses produits. Sa puce, la EyeQ Ultra permettra en principe une vraie conduite autonome de niveau 4, à partir de 2025.

Intel a entamé les démarches pour introduire en Bourse ce très beau fleuron d’ingénierie, dont il gardera la majorité du capital.

 

Valorisation

La valorisation actuelle, s’agissant d’un leader mondial est troublante pour dire le moins. Si l’on reporte les données issues du site YCHARTS, on observe une valeur d’entreprise sensiblement égale à la capitalisation boursière.

Les ventes se maintiennent à un plus haut, bien que les nouvelles mesures du PDG n’aient pas encore porté leurs fruits :


LE PER (Price Earning Ratio) est parmi les plus bas sur les 5 ans écoulés. A environ 6,2 fois les résultats de l’année en cours, il ne reflète pas la valorisation d’un leader mondial.

Selon le site MacroTrends, celui-ci est même à un plus bas de 13 ans :

La marge nette s’établit à 31,68%, le plus bas de ces 10 dernières années (toujours selon le site macrotrends.net) :

Le ratio Valeur d’Entreprise (VE) sur EBITDA, indicateur plus apprécié des professionnels est également très intéressant, notamment par rapport à la concurrence, selon le site Finbox :


Le site GuruFocus annonce des ratios encore plus intéressants :

Evolution du cours

En dépit de la stratégie technique décrite plus haut, l’évolution du cours de bourse reste décevante sur ces 5 dernières années :


Dividendes

Intel délivre un dividende trimestriel sans interruption depuis des dizaines d’années, même pendant la grande crise financière de 2008-2009.

Ce dividende est soit stable, soit en augmentation. Il n’a jamais diminué, si l’on fait bien sûr exception des périodes de fractionnement d’actions (« stock split »).


L’historique des dividendes est présenté en suivant ce lien.

Le graphique de l’évolution du dividende depuis 1994 sur le site de Macrotrends est encore plus clair : le dividende n’a jamais connu de réduction importante.

 
La politique de rémunération des actionnaires est donc un principe de base chez Intel, et au regard des temps troublés que nous allons traverser, cette simple nouvelle est réconfortante.

 

L’argument national

Intel est, ne l’oublions pas, le seul fondeur réellement américain avec Texas Instruments. TSMC est comme ses initiales l’indiquent basé à Taiwan et Samsung est coréen.

Les autres ( AMD, Qualcomm, Nvidia,…) ne sont pas fondeurs, c’est-à-dire qu’ils ne possèdent pas les usines incroyablement sophistiquées qui permettent de fabriquer les puces. On dit qu’ils sont « fabless ».

Qu’on le souhaite ou non, Intel fait partie de la guerre que l’état profond américain a lancé contre la Chine qui ne fait pas mystère de ses ambitions de reprendre Taiwan, avec toutes les conséquences que cela aurait sur le marché mondial des semiconducteurs. Même si cet état de fait constitue un risque financier à court et moyen terme, il est aussi facteur de soutien à plus long terme.

Le « Chips Act » est un aspect concret de cette préférence nationale : le congrès américain a récemment voté pour débloquer un package global de 52 milliards afin d’aider les entreprises fabricants de semiconducteurs à implanter ou réimplanter leurs usines aux Etats-Unis. C’est ce qui a conduit Intel à décider la création de deux usines ultra-modernes dans l’Ohio pour un montant de près de 20 milliards de dollars et très récemment, à en délayer l’inauguration dans le but de forcer le Congrès à tenir ses engagements.

En Europe, le programme équivalent, « European Chips Act » permettra à Intel de toucher 6,8 milliards d’euros.

Il y a d’autres facteurs favorisant Intel, comme le fait que cette dernière n’est presque pas orientée vers la fournitures de solutions de minage à l’attention des cryptomonnaies à preuve de travail (« Proof Of Work ») contrairement à AMD et Nvidia : avec la poursuite probable de la chute de valorisation des cryptomonnaies, une baisse des ventes des solutions de minage est à prévoir.

Pour les investisseurs évoluant en zone Euro, parier sur Intel est également un pari sur le dollar et il y a de fortes chances que celui-ci continue de s’apprécier par rapport à la monnaie de la BCE. A cet égard, le pari est tout à fait approprié.

 


En conclusion, ce n’est pas souvent qu’un leader mondial se trouve malmené à ce point, en particulier sur un secteur aussi essentiel que celui des semiconducteurs, qui sous-tend toute l’industrie de l’informatique.

Retenons toutefois qu'il est probable que le secteur des semiconducteurs soit amené à connaitre un ralentissement conséquent, qui ferait logiquement suite à des années de vaches grasses ayant amené à des surinvestissements.  IDC prévoit une baisse des ventes dès 2023, dès que la pénurie de composants se sera apaisée. 

Ma conviction sur le long terme, en dépit des turbulences à venir, est un achat fort.

 

 

 

samedi 11 juillet 2020

Tesla : un peu plus près des étoiles...



Sur les 7 derniers jours, le cours de l'action Tesla est passé de 1000 à 1500 dollars, ... sans qu'aucune nouvelle ne vienne expliquer l'augmentation des cours.  Il a clôturé ce vendredi à 1544 USD pour une capitalisation approchant les 300 milliards de dollars ( entre un  tiers et un quart de celle de Google qui est très profitable).



Il y a eu un article de SRSrocco intitulé sobrement "Total Market Insanity : Toyota vs Tesla" qui démontre à quel point le fait que la capitalisation de Tesla (259 milliards à la date de l'écriture de l'article) dépasse celle de Toyota est une aberration.

Mais c'est de l'histoire ancienne : Telsa a depuis pris près de 30 milliards de dollars de valorisation complémentaire en quelques jours ( plus de 4 fois la valorisation de Renault S.A.) et ceci, comme je l'ai dit, sans aucune nouvelle, à part l'assurance une fois de plus de la part de Musk que la conduite autonome allait bientôt arriver. 

Aujourd'hui, la société TSLA dépasse à elle seule la capitalisation boursière combinée de GM, Fiat / Chrysler, Honda, BMW, Nissan, Hyundai, Mercedes et Ford.



Pas mal pour une société qui n'a jamais dégagé de profit et je pèse mes mots.

Le site TeslaCharts va plus loin. Il montre en particulier que les livraisons de véhicules n'ont pas significativement progressé sur toute l'année 2019.


Bien entendu, ces livraisons sont une fraction seulement des ventes de chacun de ces concurrents dont Tesla dépasse la valeur combinée.

J'ai bien conscience que je fais une fixation sur Tesla... Mais en fait, ce n'est pas mon sujet. 

Mon sujet est de montrer à quel point l'action absolument insensée des banques centrales rend ce genre de situation possible. 

J'ignore combien de temps cette insanité durera. Je ne pense pas qu'elle durera encore 10 ans.

Et surtout : elle aura des conséquences horribles qui nous toucheront tous...

Mais l'ignorance des foules aura sans doute la capacité de retarder cette prise de conscience indispensable. 

Et dans cette catastrophe annoncée, chaque voix compte pour rappeler qui sont les vrais coupables.

 









samedi 9 mai 2020

Lagardère : la lente agonie d'un héritier inconstant


Note au lecteur : mon titre original pour cet article était : "la lente agonie d'un abruti".
Comme quoi, je ne suis pas si téméraire que cela. 


L'actualité autour du groupe Lagardère est importante, presque bouillonnante. Il y a beaucoup à dire.

Un bref rappel du personnage : Arnaud est donc le fils unique de Jean-Luc, l'emblématique patron qui parti de pas grand chose à su construire un empire extrêmement hétéroclite, articulé en particulier autour de l'aéronautique (au travers d'EADS) et des médias (au travers d'Hachette). La partie médias ne s'est pas construite sans mal, et en particulier à souffert de plusieurs échecs parfois retentissants. 


Particularité de l'empire Lagardère : il est contrôlé en commandite, car Jean-Luc n'est pas un milliardaire. 

En Mars 2003, Jean-Luc Lagardère décède brutalement des suites d'une encéphalomyélite aïgue, une maladie assez rare. 

Les rênes du groupe Lagardère sont donc confiés à son fils, suivant la volonté du fondateur. 
Jusque là, tout va plutôt bien malgré des hauts relativement hauts et des bas très très bas, dangereusement près du sol.

Là où cela se corse, c'est que le fiston a plutôt très très mal géré la société, et uniquement dans le sens du rétrécissement de la taille du groupe. 

Entre 2003 et 2007, Arnaud Lagardère a décidé d'endetter très fortement sa holding personnelle, Lagardère Capital & Management pour passer de 5 à 10% du groupe qu'il contrôlait de toute façon au niveau opérationnel, via son statut de commandité
Sur le plan stratégique, quel est l'intérêt de passer de 5 à 10% qui n'est pas un niveau permettant de contrôler effectivement le groupe ?
Aucun. On peut comprendre que le fiston croit en son groupe et souhaite se renforcer, mais dans ce cas-là, autant attendre une baisse significative du marché actions, ce qui ne s'est pas du tout produit entre 2003 et 2007 (tout le contraire) et ne pas s'endetter au-delà du raisonnable, ce qui fait qu'aujourd'hui, toutes ses actions sont nanties auprès des banques. 

Lagardère est quasiment "obligé" de se verser un dividende au-delà du raisonnable, ce qui obère fortement les perspectives de développement du groupe qu'il dirige. 
Cette année 2020, avec des pertes qui s'annoncent record (rappelons qu'une grande partie de l'activité s'effectue dans les aéroports, au travers de Lagardère Travel Retail Group) est la première où le groupe a renoncé au versement du dividende. Et encore ! Ce n'est que sous la pression du fonds activiste, Amber Capital et de son patron, Joseph Oughourlian et sous la menace de se voir enlever le statut de commandité. 

Entre 2003 et 2019 (avant donc la crise du Covid-19), la capitalisation du groupe a fondu de plus d'un tiers, quand dans le même temps, la valorisation de l'indice CAC40 faisait plus que doubler. 

Le chiffre d'affaire est passé de 12 milliards à 7 milliards. 
Le groupe qui possédait un ensemble immobilier florissant s'est délesté de l'essentiel avec plus de 600 millions d'euros de vente

Les investissements se sont tous ou presque révélés désastreux. 
Tous les sites Web acquis au début des années 2010 à des valorisations souvent excessives ont été revendus, majoritairement à perte, à des sociétés, comme TF1 (Doctissimo), le groupe Les Echos ( Boursier.com) ... 
Le pole TV, plutôt rentable, avec des marques fortes, telles que Gulli a été revendu à M6 Group. 
Lagardère Sport, que le fiston avait lancé pour se démarquer de son papa, a été revendu à HIG Capital : la perte est évaluée à environ 1,1 milliard d'euros sur une quinzaine d'années
Depuis plus de 15 ans, en dépit de multiples plans de relances et l'implication personnelle du patron aux manettes, la radio Europe1 connait une érosion d'audience continue...

Source : BFMTV du 18 Avril 2019


On pourrait multiplier les exemples. La liste est longue des erreurs commises sous l'entière responsabilité de Monsieur L. 

Après tout, je n'ai pas spécialement envie de critiquer les investissements hasardeux et les dégagements au plus mauvais timing. Il est très facile de critiquer avec un regard clair sur le rétroviseur. 

Le problème, c'est l'homme...




Ce n'est pas que je sois jaloux de ses relations ou de sa belle épouse, la délicieuse Jade Forêt (30 ans de moins et 30 cm de plus que lui) ...

C'est que je pressens, et ce depuis plusieurs années, que l'histoire du groupe Lagardère sera bientôt celle d'un immense gachis ... et qu'il ne sera pas nécessaire d'attendre la troisième génération pour aboutir au démantèlement pièce à pièce de ce qui fut autrefois un groupe audacieux (*)

Non seulement, Arnaud Lagardère fait des mauvaises décisions, s'endette à tort et à travers, ... mais surtout, il ne travaille pas, il n'a aucune constance, aucun sens du management. Et c'est principalement ce que je lui reproche. 

Bien entendu, on trouvera des voix pour dire le contraire et même des plumes pour l'écrire

Il n'en reste pas moins que la désaffection d'Arnaud Lagardère pour le travail est un fait avéré : même la page Wikipedia du bonhomme est obligé d'en parler pour expliquer la catastrophe commerciale que représente Lagardère Sport, avec bien entendu les pudeurs habituels d'un site qui cherche en principe à garder une certaine neutralité. 

Ok, donc A.L. est un fainéant, et quelque part on peut presque le comprendre ... Mais alors si le business ne l'intéresse pas, pourquoi cherche-t-il tant à garder son statut de manager ? 
Le type sait qu'il est un mauvais manager, mais plutôt que de passer la main à un quelqu'un de compétent ou de chercher à compenser son manque de talent par une force de travail, il préfère faire croire qu'il a les épaules.... avec le résultat que l'on observe.
Je ne serai jamais actionnaire de Lagardère dans ces conditions. 

Avez-vous vu les vidéos où Arnaud se met en scène avec son épouse ? 
C'est impressionnant de mièvrerie, le fiston se qualifie lui-même d'imbécile ... C'est vous dire. Franchement, cela fait honte de voir un manager d'une entreprise, quelle que soit sa taille, se mettre en avant ainsi. Arnaud Lagardère a eu tellement honte de ce documentaire qu'il en a fait acheter les droits pour la France, afin de les mettre au placard

    Source : Gala.fr du 15 Janvier 2020


Cet article de Libération, un canard que je ne porte pas spécialement dans mon coeur, est encore plus assassin : selon l'une des sources, "Arnaud Lagardère aurait fait un très bon vendeur de cravates, s'il n'était pas né héritier". 

L'un des pans majeurs de l'activité étant en lien avec l'activité dans les aéroports, il est facile d'imaginer comment le chiffre d'affaires va évoluer pour l'année en cours. C'est incroyable de bêtise de presque tout focaliser sur une seule activité comme cela, quand on est autant diversifié au départ. 

Quoi qu'il en soit, il est à peu près clair pour tout le monde que l'empire Lagardère est en voie de déliquescence. 
C'est d'ailleurs précisément ce que lui reproche Amber Capital : de procéder à une liquidation désordonnée du groupe. Et les arguments du fonds d'investissement sont imparables. Lisez cet article de Libération (encore !) pour vous en convaincre. 

On rentre maintenant dans le sujet de fonds de cet article, la véritable raison d'être de ce texte : le capitalisme de connivence ("crony capitalism") à la française ! 

Menacé, avec des arguments tout à fait légitimes par Amber Capital, vers qui Lagardère s'est-il tourné pour sa protection ? Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy, qu'il appelle son "frère" pour lequel il a fait beaucoup pour assurer son élection en 2007 a gardé de très bons liens avec le Qatar (et on sait pourquoi !!!), actionnaire de référence du groupe depuis Jean-Luc Lagardère. 

L'AG du groupe a eu lieu ce 5 Mai 2020 : selon tous les standards en vigueur, elle n'était pas aux normes de ce qui se fait pour une assemblée : actionnaires réduits au silence, propos désobligeants, critique contre Colette Neuville,...

Avant cela, il y a eu les rumeurs de prise de participation de l'annonce de la prise de participation de Vivendi (Vincent Bolloré) pour remonter un cours de bourse qui faisait vraiment désordre à quelques jours de l'AG et qui aurait sûrement poussé le vote des petits porteurs du côté d'Amber. 

Les rumeurs ont permis en cette fin d'Avril de faire remonter le cours. Et la prise de participation par Vivendi a consolidé l'ensemble autour de 14 Euros.

Mon avis : tout cela a été orchestré par le capitalisme de connivence bien connu en France et qui fait que des société de grande taille ne peuvent plus éclore en France, à l'exception notable d'Iliad. 
Nicolas Sarkozy en s'impliquant, renvoie l'ascenseur à celui qui l'a aidé dans son élection, et en profite également pour facturer de juteux frais d'avocats. 
Quant à Vivendi, donc Vincent Bolloré, je ne serais pas aussi ravi que cela de l'avoir à mon capital, si j'étais Lagardère. 
Bolloré est connu pour ne pas être un enfant de choeur. Les sociétés Bouygues et la banque Rivaud s'en souviennent encore...

Je crois que tous ces gens-là se préparent à récupérer les meilleurs morceaux dans le cadre d'une mise en vente à la découpe du groupe, qui aura probablement lieu d'ici quelques années... 

On a en résumé, selon moi, tous les ingrédients d'un désastre à venir : 
  • Un héritier paresseux mais qui ne veut pas l'admettre et qui ne veut pas déléguer l'opérationnel 
  • Une stratégie erratique, ou plutôt une absence de stratégie qui coûte très cher. 
  • Une vente progressive par appartements pour payer les charges issues de l'endettement personnel. 
Pourtant, Arnaud Lagardère ne percevra sans doute pas grand chose, peut-être une dizaine de millions d'euros, car son endettement dépasse la valeur de sa participation dans le groupe qui porte son nom.


Mon opinion d'Arnaud Lagardère est donc terrible, on l'a compris, mais en matière de massacre d'entreprise, il y a bien pire, et de loin : Serge Tchuruk, le destructeur d'Alcatel.
Alors lui, je ne lui consacrerai pas un article, car je serais bien trop agressif et surtout sans pitié pour un type responsable, pratiquement à lui seul de la descente aux enfers d'un des fleurons tricolores.


(*) Pour plus de détails sur la loi des 3 générations, vous pouvez consulter ce lien.



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