dimanche 29 octobre 2023

Qui a tué le mousquetaire Atos ?

Je me rappelle avoir commencé cet article en Août 2022 et n'avoir pas eu le courage de le terminer. 

Il faut ajouter que j'ai commencé à constituer une première ligne d'actions Atos à peu près à cette époque, vers les 35-40 € et pensant à cette époque que le repli depuis les 100 € était exagéré. 

Je travaille dans la cybersécurité et je suis bien placé pour savoir qu'Evidian (développeur d'une solution de gestion des identités) représentait une belle société dans un secteur encore en plein développement. Je me rappelle surtout que je considérais la décote d'Atos par rapport à Cap Gemini comme anormale. 

A l'époque, le forum Boursorama bruissait déjà de rumeurs exécrables (et toutes justifiées !) sur l'incompétence absolue de Bertrand Meunier, le président du conseil d'administration de la société. 

C'était aussi le moment où Airbus lorgnait sur Evidian et se proposait de l'acquérir pour environ 4 milliards d'euros. Cette offre qui ne concernait qu'une partie de la société sera finalement annulée en Mars de cette année, ce qui fera plonger le cours de 16% supplémentaires. 

L'année 2023 est vraiment l'année horrible pour le groupe, et en ce qui me concerne mon histoire commune avec cette société s'est soldée ce mercredi 25 Octobre par la vente de mes actions à moins de 5 €, avec une moins value de près de 18 000 €. 

C'est la première fois que j'accepte de perdre autant d'argent pour sauver le peu qui reste et je m'en félicite, tant il est difficile pour moi d'accepter de prendre ma perte. Ironie de l'histoire, le lendemain de ma décision, Atos remontait fortement, porté par des trimestriels encourageants et la confirmation de ses objectifs financiers sur l'année en cours. Et pourtant, je pars soulagé. Le cours vient de remonter, mais je reste persuadé, comme d'autres, que la société est potentiellement en faillite

Comment en est-on arrivé là et qui sont les vrais coupables de ce naufrage financier qui à mon sens est comparable en France aux catastrophes industrielles et boursières que furent France Telecom, Vivendi et surtout Alcatel ? 

Je dois dire que je ne me suis pas assez méfié, jusqu'à ma découverte du blog Atos Bourse

Depuis quelques années, Bertrand Meunier, le président du conseil d'administration d'Atos, bataillait ferme contre Thalès qui se proposait de racheter les activités de cybersécurité pour près de 2,7 milliards d'euros. Quand on sait que l'ensemble du groupe est désormais valorisé moins de 650 millions d'euros, on ne peut que verser une larme.

Les déboires financiers d'Atos ont vraiment commencé en 2020, quand la stratégie d'acquisition forcenée ont mené à de mauvais résultats. Le marché n'a surtout pas compris le projet d'acquisition de la société DXC pour près de 10 milliards de dollars qui n'avait aucun sens par rapport à l'existant d'Atos.

L'acquisition de DXC a été finalement annulée. Et dans la foulée, Bertrand Meunier a annoncé l'arrivée de Rodolphe Belmer à la tête d'Atos en remplacement Elie Girard, un nul, qui avait lui-même succédé à Thierry Breton. 

Cela a été un signal très négatif pour moi. Je connais Belmer en tant que dirigeant d'Eutelsat : je l'ai vu laisser flétrir cette belle société au fil des ans, faisant passer le cours de 30 à 10 €, en dépit d'une situation oligopolistique. Et pourtant, avec le recul, je pense qu'il n'est pas le plus coupable. 

Belmer ne reste que 6 mois en place et annonce lui-même, à la surprise générale (le cours s'enfonce encore plus !) son départ. Après coup, on apprendra qu'il n'a jamais réussi à s'entendre avec Bertrand Meunier. 
Avant de partir, il rend public une séparation en deux des activités d'Atos : 
  • L'activité d'infogérance la plus importante sera conservée sous le nom d'Atos. 
  • Les activités de cybersécurité, de transformation digitale et de "Big Data" seront rassemblées au sein d'une société baptisée Evidian (issue d'un rachat antérieur). 
Comment peut-on à la fois lancer une opération aussi structurante pour l'avenir de la société et dans le même temps quitter un poste de CEO, laissant à son successeur le soin de la mise en place ?

Quoi qu'il en soit, l'annonce par Belmer lui-même de son départ laisse entendre d'énormes tensions avec Meunier, ce qui n'est jamais bon signe. 
Au fur et à mesure des semaines, il est devenu clair que la pseudo-direction était d'une part sans stratégie, et d'autre part complètement sous l'emprise de Bertrand Meunier. 
Ce dernier point a été par ailleurs confirmé par un témoignage anonyme d'un salarié du groupe Atos

L'annonce des résultats du deuxième trimestre 2023 a été le coup de grâce : le cours qui avait réussi à remonter péniblement dans la zone des 14 € a rechuté immédiatement en dessous des 5 €.

On aurait pu croire que la situation ne pouvait pas empirer, mais si : le 1er Août, on apprend qu'Atos va céder à Daniel Kretinsky ses activités historiques (c'est à dire principalement l'infogérance) lesquelles sont regroupées sous le nom de Tech Foundations.

Ce qu'il reste d'Atos se rebaptisera Eviden et se recentrera sur les activités les plus rentables du groupe, en particulier la cybersécurité. 

Outre le caractère scandaleux de cette vente ( comme le démontre le blog Atos.bourse et d'autres journaux, Kretinsky est en fait payé 900 millions d'euros pour reprendre cette entreprise), des voix s'élèvent du côté du monde politique, sachant par exemple que la partie super-ordinateurs d'Atos participe aux calculs de simulation des essais nucléaires de l'armée française. De manière générale, Atos est extrêmement engagé dans un grand nombre de sujets (tels que l'organisation informatique des jeux olympiques). 

A ce moment-là, l'affaire Atos a quitté l'arène du monde boursier pour devenir un sujet politique. 

C'est donc en creusant le sujet que j'ai appris les informations qui m'ont le plus énervé : 

  • Bertrand Meunier, le richissime homme d'affaires (sa fortune est estimée à plus de 500 millions d'euros) est un exilé fiscal à Londres où il ne manque jamais une occasion de traiter les français de fainéants. Il gère beaucoup mieux sa fortune que les destinées d'Atos mais ne souhaite pas pour autant laisser la main à plus compétent que lui. Il s'est arrangé pour évincer René Proglio qui ne voulait pas de la vente à Kretinsky pour organiser l'assemblée générale pendant un de ses voyages. Tous les administrateurs qui ne coopèrent pas sont méthodiquement éjectés du conseil d'administration
  • Meunier n'est pas seulement une crapule, c'est aussi une girouette : il change complètement de stratégie d'une année sur l'autre. Il était prêt en 2021 à racheter DXC pour 10 milliards de dollars et à peine 2 ans plus tard, il fait un chèque d'un milliard à Kretinsky pour se séparer complètement de l'infogérance. Ce type navigue à vue et n'a absolument aucune stratégie. 

  • Meunier n'est pas seulement une crapule, une girouette et un leader sans idées, il est aussi lâche : après avoir soutenu sans réserve l'action de Breton, il s'en est désolidarisé ces dernières semaines en essayant de lui faire passer la responsabilité de la situation actuelle. Ce en quoi, il n'a malheureusement pas tout à fait tort. 
  • On passe totalement sous silence la culpabilité de Thierry Breton, aujourd'hui commissaire aux affaires européennes, qui est l'un des principaux coupables de cette affaire. L'article du Monde décrit comment Thierry Breton, au sortir d'un poste de ministre sous Chirac, n'avait pris la direction d'Atos que pour satisfaire son ego démesuré. L'objectif était clairement de faire d'Atos un leader mondial, ce qui explique en partie la boulimie d'acquisitions qui s'en est suivie et qui a trouvé son apogée lorsque Atos est rentré au CAC40 en Mars 2017. Bien entendu, Breton a cédé toutes ses actions Atos (et Worldline) au plus haut en 2019, soi-disant afin de ne pas être accusé de conflit d'intérêt.
    Dernier exemple en date : la vente de la société Unity au canadien Mitel : cette vente, entérinée début Octobre s'est faite très probablement à une valeur négative. En tout cas, il n'y a eu aucune communication sur le prix, ce qui est un signal négatif pour Atos. 
    Cette société, comme TOUTES les sociétés achetées par Breton, a été en décroissance après son acquisition.


samedi 29 juillet 2023

Altice au pays des dettes

On parle beaucoup ces derniers temps de la chute de la maison Casino, de sa holding de tête Rallye et de celle de son ancien dirigeant, Jean-Charles Naouri a qui il ne resterait plus, dans le meilleur des cas qu'un patrimoine de l'ordre de 1,3 millions d'euros

On commence un peu à évoquer, mais certainement pas assez à mon avis du conglomérat Altice et de la montagne de dette accumulée ces derniers temps. Car c'est ainsi que le fondateur de ce groupe, Patrick Drahi a construit son empire : par la dette en rachetant des entreprises génératrices de cash dans des domaines générateurs de cash, au premier rang desquels les télécoms. 

De ce point de vue, Patrick Drahi est l'anti-Musk, le non-entrepreneur par excellence : Patrick Drahi ne créé jamais rien. 

Il rachète des boites en bonne santé et il commence à virer du monde, à ne plus payer des fournisseurs. Et il se paye systématiquement sur la bête, via des remontées de dividendes, des redevances ( Drahi est propriétaire de la marque SFR et il se fait payer plusieurs millions de royalties par la société du même nom pour le droit à l'usage).  

J'étais témoin, certes pas au premières loges, lors du rachat de SFR des manigances faites pour ne pas payer les factures. 

Je m'en souviens car à l'époque, je venais de démarrer Secureware, ma société de cybersécurité et certains contacts me parlaient de ces pratiques ayant cours. Le journal L'Informé en a fait un article.

Mais il y a pire : dès le rachat, le milliardaire franco-maroco-israélo-portugais (et ayant par ailleurs acheté la nationalité de Saint Kitt et Nevis) a sciemment pillé les caisses de sa pépite, SFR. C'est un article de Street Press qui révèle le pot aux roses

Patrick Drahi non seulement construit par la dette, mais également rachète sans trop de cohérence stratégique. 

Qu'y a-t-il de commun entre Nextradio TV, SFR, Sotheby's et Teads ? Pas grand chose en réalité à part les goûts du fondateur qui aime également à investir dans l'immobilier en Suisse pour ses besoins propres et se déplacer en jet privé. 

Longtemps prophétisé, la chute du navire amiral de Patrick Drahi ne s'est toujours pas produite. Le milliardaire apatride continue de racheter des actifs au gré de ses envies et est toujours classé parmi les principales fortunes françaises par le magazine Challenges. 

Tout n'est pas sombre, cependant. Les choses évoluent, les langues commencent à se délier. 

En 2022, un groupe de hackers russes, Hive pirate ses données informatiques et devant le refus du groupe de payer la moindre rançon, décide de mettre en accès libre les informations récoltés. 

C'est ainsi qu'un certain nombre de médias, souvent indépendants ont pu s'intéresser à lui et que les informations ont pu remonter à la surface. Par exemple, les affaires juteuses de Patrick Drahi dans l'immobilier

On notera également l'incroyable affaire de la mise en examen mi-Juillet d'Armando Pereira, le numéro deux officieux du groupe.

Armando Pereira s'était notamment fait connaitre en France par ses talents de "cost killer" (cf. l'article plus haut). Mais il est surtout l'homme de comme de Patrick Drahi avec lequel il a démarré le groupe il y a plus de 30 ans.  

A priori dans cette affaire, Altice n'était pas au courant des manigances de son associé et ferait partie des entités lésées.

Même si comme le rappelle le journal Mediapart, il semble difficile de croire que Patrick Drahi n'ait été au courant de rien, tant l'alliance entre les deux hommes est ancienne. 

Mention spéciale malgré tout à Idriss Aberkane qui a dans cette vidéo Youtube démontré tout le danger que représente Drahi pour la France : 


Au moins Idriss Aberkane a bien vu le fin fonds de l'affaire : Altice est une multinationale zombie qui sert désormais les intérêts des pouvoirs en place pour ne pas sombrer.  Selon un banquier d'affaires cité dans cette vidéo, Patrick Drahi aurait "un capital de 100 et une dette de 100 000". C'est de plus une banque financière à retardement. 

L'apport du BTFP sur l'euphorie boursière

 Je continue de suivre avec grand intérêt presque avec fascination, les prévisions de David Hunter se dérouler, malgré le scepticisme initial qui entourait chacun de ses tweets, il y a encore 6 mois. 

David Hunter est un analyste macroéconomique, principalement actif sur Twitter ( https://twitter.com/DaveHContrarian) qui pronostique une explosion à la hausse des indices (un "meltup" dans la langue de Shakespeare) suivi d'un effondrement ("bust") qui devrait amener les bourses à la baisse de 80%. Bien qu'il refuse de donner les détails qui l'ont amené à son raisonnement, il est clair que le sentiment de marché fait partie de ses indicateurs. 

Malgré l'augmentation des indices, un nombre important des intervenants restent pessimistes, nourris en particulier par l'augmentation ultra-rapide des taux directeurs de la Fed. Cette augmentation a, 

L'augmentation des taux de la Fed a été, c'est vrai, particulièrement impressionnante comme en atteste le graphique ci-dessous : 

Pourtant, cette augmentation ne semble pas avoir encore produit tous ses effets sur l'économie réelle et encore moins sur les taux. Il est vrai qu'on admet en général une période de 12 à 24 mois avant qu'une augmentation ne fasse son effet dans l'économie réelle.

Il est un autre sujet, avec un rôle probablement très important dans l'équation globale, c'est le programme BTFP ( Bank Term Funding Program). 

Ce programme lancé par la Fed en Mars 2023 en réponse à la faillite de la Silicon Valley Bank (que ces choses-là semblent lointaines !) vise à fournir de la liquidité aux banques en échange de collatéraux tels que des obligations, ... 

Comme l'a souligné Sven Heinrich, depuis que ce programme a été lancé en Mars 2023, il n'y a eu aucune baisse significative des marchés et ce en dépit de l'augmentation la plus rapide des taux depuis très longtemps. 

Comme l'a indiqué JP Morgan, les réserves indiquées pourraient se monter à plus de 2 000 milliards de dollars. 

Est-il étonnant dans ces conditions que certains comparent le BTFP a un Q.E. caché ? 

Dans d'autres articles, le BTFP est comparé à l'hôtel California, en référence à la fameuse chanson des Eagles : " you can check it anytime, but you can never leave". 
Cela fait par ailleurs écho aux articles de Bruno Bertez que je cite une fois de plus : le resserrement auquel nous avons eu droit n'est qu'un resserrement fictif. Derrière les apparences, la liquidité est finalement toujours très abondante et cette liquidité va s'engager sur les marchés financiers. 

Cette idée d'une forte augmentation des marchés suivie d'un crash est même reprise par certains que l'on pourrait, sans peine qualifier de conspirationnistes. 



En résumé, la fin du programme BTFP serait l'occasion de déclencher des faillites en cascade parmi les banques US et de regrouper les banques en seulement quelques institutions ce qui faciliterait grandement, il est vrai, l'introduction d'une monnaie numérique de banque centrale (CBDC). 
Je n'ai, à ce stade, pas assez d'informations pour me prononcer sur cette théorie. 

En tout état de cause, les marchés ont besoin de liquidités pour simplement poursuivre leur parcours et le BTFP répond à cette problématique.

lundi 17 juillet 2023

L'action Total Energies


L'interview de Patrick Puyanné par un journaliste de Boursorama est vraiment intéressante et met en avant 5 points fondamentaux qui méritent d'être mentionnés, y compris pour les investisseurs expérimentés. 

Voyons ensemble ces 5 points : 

  • Total Energies est la "major" pétrolière la plus rentable de l'ensemble des grandes sociétés pétrolières, ce qui n'est pas un petit exploit => à partir de 0'50" dans la vidéo. J'en profite pour rappeler que le PER reste inférieur à 6, ce qui pour une société de cette taille est faramineux !

  • Le point mort de Total est extrêmement bas : Total commence à gagner de l'argent à partir d'un baril à 25 $ (USD). C'est un point mort extrêmement bas, comme le rappelle le PDG à partir de 1'32 dans la vidéo. 
  • Total étant une société principalement pétrolière, elle est forcément mal vue des escrologistes. Toutefois, il faut aussi savoir que c'est la major pétrolière la plus engagée dans les énergies renouvelables avec des positions très fortes dans le Gaz Naturel Liquéfié et l'énergie solaire comme le rappelle le journaliste à partir de 3'25 dans la vidéo

  • Total n'a jamais baissé son dividende depuis 1982, soit plus de 40 ans. Ceci est précisé à partir de 21'29". Il y a de la part du PDG une intention très forte de ne pas baisser le dividende. La politique actionnariale est l'un des piliers du groupe. Le payout ratio, niveau de redistribution du dividende a dépassé le 37% et il sera poursuivi voire augmenté, à la fois avec d'autres dividendes exceptionnels et la poursuite du rachat d'action.  

  • Total Energies sur les 10 dernières années a un rendement annuel supérieur à 10% (si l'on tient compte des dividendes). Ceci est expliqué très clairement à partir de 21'20

Dans les carburants aériens durables, Total est positionné pour obtenir 10% du marché mondial, et ceci tout en conservant une bonne rentabilité. 

La neutralité carbone souhaitée pour 2050 ( à partir de 13'58") est attaquée à partir de plusieurs types d'énergie : centrale à gaz, biogaz (avec des positions en France, en Pologne, aux Etats-Unis) et en particulier dans la fabrication de gaz de synthèse notamment aux Etats-Unis. Le mix énergétique est déjà décarboné de 12% par rapport à 2015. 

A ceux qui veulent que Total aille plus vite dans la décarbonation, Pouyanné rappelle avec raison ( à 17'20") que ce sont avant tout que les clients qui fournissent la demande qui ira dans les énergies décarbonées et en ce sens, Total ne peut pas s'engager dans du biocarburant avant que, par exemple, les moteurs d'avions ne soient validés. 

Le PDG en profite aussi pour "mettre en pièces" ceux qui prônent la réduction de la production de pétrole en énonçant ce fait évident : la baisse de la production entrainera une flambée des prix et une grosse crise à venir. 

L'occasion de rappeler ce que dit souvent Charles Gave (et d'autres) à savoir que l'économie, ce n'est rien d'autre que de l'énergie transformée. 

Total Energies et même l'ensemble des autres sociétés productrices d'énergie peuvent accompagner le processus de décarbonation, même ne peuvent pas le contrôler à elles seules. 


lundi 5 juin 2023

Critique du dernier livre de E. Zemmour

J'ai terminé il y a plusieurs semaines le dernier livre d'Eric Zemmour et mon avis est un peu mitigé : excellent sur la forme (comme d'habitude), très bon sur le fond (l'analyse est juste) ... Mais pas forcément judicieux sur le plan stratégique. 

Chassez le naturel et il revient au galop : la plume reprend possession du corps de Zemmour.

Toute personne qui suit l'actualité comme je le fais, qui s'intéresse aux problèmes que rencontre notre pays et qui n'est pas trop sectaire reconnaitra que l'analyse de Zemmour est juste sur de nombreux points. 

Dans ce livre, Zemmour "refait le match" : il s'attarde sur la genèse de son mouvement, génération Reconquête!  Pour ceux comme moi qui ont suivi l'aventure du polémiste, c'est évidemment très intéressant. L'intérêt du lecteur en particulier est porté sur l'élément déclencheur de sa candidature à la présidentielle de 2022. Un chapitre entier y est consacré : Eric Zemmour explique simplement qu'il n'y a pas eu un élément unique, mais une succession de petits événements (la décision du CSA, le départ forcé du Figaro,...) qui l'ont conduit vers ce choix.

L'auteur consacre aussi un chapitre sur l'incroyable surprise que constitue pour lui Génération Z : des jeunes qui l'ont écouté lorsqu'il était chroniqueur sur l'émission "On n'est pas couché" présentée par Laurent Ruquier et qui se sont reconnus dans ses idées. Ces jeunes, pilotés notamment par Stanislas Rigault ont donné une impulsion décisive, notamment en collant des affiches de manière sauvage quand l'idée de sa candidature n'était qu'un fantasme. 

La tournée littéraire consécutive à la sortie de son dernier essai "La France n'a pas dit son dernier mot" et les rencontres avec les français dont certains lui criaient "Sauvez-nous !"  a fait le reste.

Zemmour revient bien sûr sur la presse "people" et notamment l'article racoleur consacré à Eric Zemmour et Sarah Knafo par Paris Match, et que Libération accusera Zemmour de l'avoir planifié, tant il est vrai qu'il n'a pas diminué sa popularité, bien au contraire. 

Le débat avec Melenchon sur BFM TV fin Septembre 2021 (que j'avais suivi) est celui qui lui donne une légitimité certaine sur le plan politique, alors qu'il n'est toujours pas candidat. 

Le mois d'Octobre est celui où tout bascule : Zemmour prend pratiquement un point par jour, à la stupéfaction des journalistes. Je pense d'ailleurs que sa situation d'ancien journaliste a du générer des jalousies extrêmes au sein de toute la profession. Il me semble qu'on sous-estime l'envie au sein de cette profession de cloportes (quand je pense que je voulais être grand reporter dans ma jeunesse 😔)

L'un des reproches qui a souvent été fait au candidat Zemmour, c'est que, parlant peu d'économie, il semblait avoir relégué ce sujet brûlant en troisième division. Moi qui suis très intéressé par le sujet, je peux vous affirmer que ce n'est pas vrai.
Je ne pourrais être plus en accord avec cette phrase tirée du livre : "le mal français est à l'inverse des procès idéologiques habituels : l'économie française est à la fois trop libérale et trop socialiste. Trop libérale parce que le marché français est l'un des plus perméables au monde. Trop socialiste aussi, lorsque la France accable ses entreprises d'impôts, de charges sociales et de normes sanitaires ou écologiques qu'une bureaucratie tatillonne fait appliquer avec une rigueur unique en Europe". 

L'article tonitruant de BHL dans le Point à charge contre Zemmour, dans lequel il présente ce dernier comme une "offense au nom juif, un traitre à ses ancêtres, à ses racines"... ne m'étonne pas du tout venant de ce personnage.  
Comme Zemmour, j'accuse BHL d'être un traître mais à la nation française. Quel malheur que cette crapule n'ait pas été démasqué plus directement par les français ! Je dirais que ce type est l'un des 20 responsables (avec Jacques Attali, Mitterrand, Chirac,...) de la situation désastreuse de notre beau pays.  

L'auteur s'attarde sur la situation spécifique de la bourgoisie patriote et lance quelques épines bien méritées à Robert Ménard qu'il appelle "mon Judas de Béziers" tandis qu'il encense Philippe de Villiers (le chevalier). Il évoque longuement ceux qui "ont préféré leur pays à leur parti" ( Guillaume Peletier, Nicolas Bay, Marion Maréchal,...)

Le livre consacre un chapitre entier aux Républicains (LR) écartelés entre Reconquête et macronisme. Pour moi, comme pour Zemmour, ce parti est mort, au moins tant qu'il n'a pas fait un choix clair. Du reste, quelles personnalités y subsistent encore, à l'exception peut-être de François-Xavier Bellamy ?

Il démolit consciencieusement, mais sans s'y attarder, vu que le travail est déjà fait, Valérie Pécresse, la dame du "faire". 

Il consacre aussi, et c'est essentiel un chapitre entier au déni absolu de démocratie décidé unilatéralement par Fabius en tant que président du Conseil Constitutionnel. C'est un épisode qui m'avait échappé. 
Mettez cela en parallèle avec l'augmentation scandaleuse des rémunérations des membres du Conseil Constitutionnel dévoilée en 2021 par Challenges, et vous comprenez une partie de ma colère.

Enfin, le livre aborde la chute dans les sondages que Zemmour appelle "La Retraite de Russie" dans un parallèle presque amusant avec Napoléon et surtout la raison qui a provoqué sa chute soudaine, à savoir l'attaque de l'Ukraine par la Russie. C'est à compter de ce moment-là que les personnes âgées ont commencé à prendre peur et à se resserrer par réflexe, autour du président élu, lequel n'a eu qu'à se baisser pour ramasser les voix. De fait, la campagne d'Emmanuel Macron sera réduite au minimum syndical. 

La suite est connue... L'effritement des sondages pour Zemmour pousse ceux qui ne veulent surtout pas de Macron à se rallier autour de celle qu'ils perçoivent comme sa principale adversaire. 

Et puis Zemmour lui-même n'est pas exempt de fautes bien sûr : le concept de remigration, associé dans l'esprit des gens aux idées du groupe Identitaire, le doigt d'honneur à Marseille,... 
Il y consacre un chapitre intitulé sobrement "Mea Culpa" dans lequel il met en avant ses erreurs. Il est toujours facile, après coup, de critiquer. Retenons simplement la phrase de Michel Platini : "le jeu appelle la faute. S'il n'y avait pas de fautes, il n'y aurait jamais de buts". 


4 visions différentes de la future réserve de valeur. Qui aura raison ?

 Il y a quelques temps, j'ai eu l'opportunité d'interviewer mon cher ami, Eric Larcheveque. Eric est devenu, depuis sa participa...